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chevaux - Page 13

  • La rivière chapitre 2

     chapître 2  Un quadrille dans la danse

    Résumé : Emporté par la crue de la rivière, le chasseur  à la hutte se réfugie  au petit matin sur un chêne. Il accroche son portable à une branche pour le faire sécher.

     

     Et voila « le petit navire » qui remet ça. Dans ma précipitation, je laisse échapper le portable de mes mains et réussis à le bloquer avec le pied que je lève avec des précautions de sage femme. C'est encore ma femme  qui, depuis une heure,  m'appelle sans cesse. Croyant m'atteindre plus facilement, elle appelle du standard de la poste en haut du village épargnée par les eaux  comme l'église. Sans me demander des nouvelles de ma santé ni du confort de ma situation, elle me dit qu'elle a alerté les secours mais qu'ils sont débordés. Toute la région est inondée, ils évacuent les hameaux isolés en priorité. Elle a réussi à joindre Victor. Il a une fièvre de cheval, mais il vient à ma rencontre avec Louis et sa barque. Ils n'ont pas de moteur et doivent remonter le courant, c'est pour cela que c'est un peu long. Le petit navire  « n'a plus de vivres », les piles sont mortes sans doute, il s'arrête avant que j'expose ma situation périlleuse et puisse une dernière fois dire à ma femme que je l'aime et l'embrasse bien fort. Il me laisse, le traître, avec mes questions et mon tremblement. Je l'accroche sur une petite branche du chêne au dessus de ma tête.. Le niveau de l'eau monte encore et m'oblige à envisager un déménagement plus haut dans le couplet. Tandis que je scrute la rivière en aval en me demandant comment Victor avec sa fièvre de cheval  et le vieux Louis réussiront à remonter le courant jusqu'à mon arbre,voici que de l'amont me parviennent des hennissements. D'où viennent ces chevaux dont on ne voit que la tête et la crinière blanche. Surpris par la crue, depuis combien de temps nagent-ils ainsi ? Et combien de temps encore en auront-ils la force ? Ils se laissent porter par le courant mais n'ont-ils pas au contraire à s'éloigner du lit de la rivière pour retrouver une terre ferme ? Je sais qu'à 100 mètres en aval, la rive droite se redresse mais sauront ils la trouver ? Les chevaux viennent droit sur moi. Ils sont quatre et tous sellés et bridés Où sont donc leurs cavaliers ? Je les entends hennir sous le chêne comme s'ils appelaient au secours. Alors oubliant sur sa branche mon portable, je saute sur l'étalon qui se cabre puis se laisse conduire vers la rive droite suivi des trois cavales blanches. Au milieu de la rivière, au plus fort du courant, mon quadrige souffle bruyamment avec des hennissements plaintifs et j'entends soudain venant du haut de mon chêne chanter « mon petit navire ».C'est ma femme peut être ou Victor. Le répondeur siffle sa rengaine comme un merle moqueur « qui n'avait ja, ja, jamais navigué ».Moi qui n'ait ja, ja jamais su nager, je suis accroché à mon étalon comme à une bouée de sauvetage. Je l'encourage : « Vas y mon dada, mon Pégase désailé, encore un effort, on arrive bientôt », avec le plat de la main, je guide sa tête vers la haute rive comme un drakkar normand sur les falaises d'Etretat. Je ne reconnais pas la rive tant la rivière est haute mais les arbres au sommet n'ont pas encore les pieds dans l'eau. Je dirige mon étalon dans une combe un peu raide qui mène au sommet. L'atterrissage est brutal, je crois qu'il s'est couronné mais il se redresse, fait un bond en avant, gravit un dernier mètre avant de s'effondrer d'épuisement sur un tapis de pommes de pin. Les 3 cavales suivent et s'effondrent l'une après l'autre dans le petit bois. Je vais d'un cheval à l'autre pour les caresser d'une tape amicale et les remercier de m'avoir sauvé la vie, puis je leur retire la selle et la bride. Nous sommes dans un petit bois de pins au sommet de la falaise qui domine la rivière. Je la regarde couler, menaçante, à quelques mètres seulement en dessous. Toujours rien en aval. Comment Victor et Louis trouveraient ils la force de remonter un tel courant ?