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dieu

  • l'oeil de Dieu

    Dans la petite Eglise de ce village savoyard et dans la tradition baroque, le rénovateur a fait dessiner un œil au plafond .Ce serait bien entendu l’œil de Dieu.

    Placé à l’entrée, il surveillerait ceux du fond ou les retardataires. Scruterait-il aussi les reins et les cœurs comme cet œil de Dieu qui regardait Caïn du fond de la tombe  où il s’était caché après son crime ?

    Le peintre « rénovateur »  n’a pas osé lui mettre un monocle pour mieux percer les secrets des cœurs ni même une caméra comme on en met partout en ville pour lire sur les lèvres la sincérité des prières ou voir si quelque Lefebriste n’aurait pas déposé une grenade dans le bénitier.

    « Je l’avise et il m’avise » .Jean Marie Vianney expliquait ainsi ses longues oraisons silencieuses dans la petite église d’Ars. Aviser au sens de contempler et d’être contemplé. En patois picard (chti) on pourrait traduire : Je le « ravise et il me ravise ».

    Don Camilo, lui aussi contemplait le Christ en croix dans son église de Brescello mais il ne restait pas longtemps silencieux comme Jean Marie Vianney . Jésus lui répondait avec la voix grave de Jean Debucourt .Il entendait cette voix .Elle se mêlait à la voix de sa conscience. Elle l’invitait au pardon, à la non violence parfois, et même au respect de Peepone. Et ce «  fait ceci, fais pas ça » (1) était drôle.

    On étonnerait beaucoup ce Jean Debucourt qui prête sa voix grave au Christ dans « Le petit monde », si on lui disait que sa voix devenait la voie d’un nouveau cheminement  « métaphysique » 

    « En métaphysique rien n’est sûr sauf la migraine qui en est le prix » plaisantait Schopenhauer. La voix de Jésus toute simple dans ses interrogations, révèle plus que l’œil inquisiteur de Dieu, la vérité de son existence. Voila la nouvelle voie métaphysique qu’à ouverte Newman, la voie de la conscience. (gewwissensweg). « La conscience nous confronte directement à Dieu comme une réalité qui préexiste à notre existence et à laquelle cette dernière est relative »… « La conscience est une fissure dans l’immanence qui s’ouvre à la transcendance, c’est une niche de révélation… »… « J’entends ce dieu au fond de mon cœur. Je m’entends en sa présence. Il me dit « fais ceci, ne fais pas cela ».. « C’est l’écho d’une personne qui me parle… »… «  l’écho implique une voix ; la voix renvoie à une personne qui me parle».Cogito ergo sum , e conscientium habéo,ergo Déus est. (2) C.Q.F.D. Voila ajoute Robert Chéaibla toute la phénoménologie réaliste de Newman.

    La limite de cette métaphysique, c’est qu’on entend plus distinctement le « qu’as-tu fait de ton frère »que le « que vas-tu faire pour ton frère ». Faut-il tuer son frère pour découvrir l’existence de Dieu dans l’œil inquisiteur du plafond de l’église baroque, dans l’obscurité de la tombe ou dans la voie intérieure de sa conscience ? Je ne vous conseille pas ce fratricide pas sympa pour le frangin.

    Il est vrai par contre que celui qui s’estime juste se drape dans sa bonne conscience et n’entends rien de ce que Dieu pourrait lui dire. Mais le mal reste le mal et le combattre est mieux que d’y céder même si l’on devait se priver ainsi des plus belles pages des confessions de saint Augustin.(3)

    (1) télé réalité d’Anne Giaffen et Thierry Bizot.

    (2) Robert Chéaibla : John Newman cité dans Zénith Octobre 2012

    (3) Dans les confessions au chapitre XXIV, Augustin affirme trouver Dieu dans sa mémoire : « Voyez combien je me suis promené dans ma mémoire en vous cherchant, Seigneur, et sans vous trouver en dehors d’elle….C’est là que je vous trouve lorsque je me souviens de vous et que je me délecte en vous. J’y savoure les saints délices que vous m’avez donnés dans votre miséricorde, en tournant vos yeux vers ma pauvreté. »