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roman

  • L'outil par Louis Fernand Olbec

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    l’outilde Louis Fernand Olbec

     "la vérité est comme le soleil.Elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder" V.H. Tas de pierres.

    CHAPITRE 1  En allant aux champignons.

    C’est un outil de bûcheron, j’ai oublié son nom. Disons un pic. Il est assez lourd et doit servir, il me semble, à faire glisser les bois. Mais que fait cet outil dans la forêt ?  La dernière coupe de bois a eu lieu Il y a déjà plus de quatre ans. L’outil n’a pas été oublié le long d’un chemin ou posé contre un arbre, il se cache dans des rhododendrons roses azalées, en pleine pente juste avant les aulnes couchés d’un couloir d’avalanche.

    Mon panier est déjà bien rempli de russules charbonnières, je le compléterai en descendant avec quelques baveux ou quelques sanguins. J’aime les mélanges dans la sauteuse et surtout dans l’assiette. Il est temps de rentrer.

    J’emmène l’outil. Son propriétaire, si je le trouve, sera peut être content de le récupérer. Du moins je le crois. L’avenir me dira le contraire .Je glisse l’anse du panier dans le manche épais, le porte à l’épaule et entame la descente. L’outil est lourd ; il me scie l’épaule à chaque pas. Dans une épingle à cheveux, Je le dépose dans les pommes de pin  et ne résiste pas à cueillir deux petits bolets élégants avec leurs jolies robes, élégants mais baveux, un petit cèpe de bordeaux et quelques lactaires délicieux  bien rouges dans les aiguilles sur le talus. Le panier maintenant est vraiment plein. L’anse de nouveau glissée dans l’outil, je change d’épaule et parvient ainsi à petits pas à l’entrée du village. Je croise un ancien qui s’intéresse à mon panier.

    -« la cueillette a été bonne ? »

    -« Pas mal, oui. J’ai surtout trouvé des charbonnières. »

    -« C’est du bon! Du très bon. Je vois que vous avez aussi quelques sanguins et même un cep, il y a de quoi faire un joli plat. »

    -« J’ai trouvé cet outil dans les rhododendrons par la haut, quelqu’un l’a sans doute perdu. Sauriez-vous me dire à qui il appartient ? »

    -« Voyons ça de près ! »

    L’ancien met ses lunettes, se saisit de l’outil, le tourne et le retourne.

    -« Voyez ici en haut du manche, il y a deux points noirs tracés à la pointe de feu, c’est la marque de mon cousin Emile. Le pic est bien rouillé, il a du passer l’hiver dehors. Je me demande comment mon cousin a pu perdre cet outil par ici, si loin de chez lui. Enfin, va t’en savoir où chacun fait son bois à l’automne. Si vous voulez, je lui parlerai.. »

    -« Volontiers, Robert. En attendant de lui rendre l’outil, je le mets dans ma réserve ».

    Deux jours plus tard, alors que j’installe ma valise dans la voiture, je rencontre le Robert.

    -« Alors ces champignons ? Ils étaient bons ? »

    -« oui, merci, on a fait bonne chair et on est encore vivant, comme tu vois. Et toi, tu as vu ton cousin ? »

    -« Oui, mais le pic n’est pas à lui. Du moins, Il n’en veut pas. Bizarre, car je ne vois personne d’autres dans le pays les marquer ainsi de deux points noirs. En attendant de trouver son propriétaire, vous n’avez qu’à le garder. »

    L’outil est resté dans ma réserve, jusqu’à la Toussaint. De retour au pays, j’ai revu le Robert. Il était intrigué .Il avait en effet rencontré  l’Emile son cousin en train de descendre des troncs d’arbres. L’outil dont il se servait était marqué de deux points noirs mais il était assez neuf. Il l’avait donc, sans doute, acheté chez le quincailler derrière la sous préfecture, ou bien été voir le dernier taillandier de la vallée pour s’en faire forger un .Mais pourquoi n’a-t-il pas voulu récupérer l’ancien ?

    Robert ne comprend pas mais m’invite à garder l’outil.

    -«  Si quelqu’un te demande un Sapi, ne sois pas étonné. C’est comme ça qu’on appelle ce pic dans la région. »-« Comme tu ne fais pas toi-même ton bois, Je ne vois pas bien ce que tu pourrais en faire, mais après tout, ça ne mange pas de pain, la semaine prochaine mes neveux viennent pour faire le bois, j’en aurais peut être besoin après l’avoir réanmanché. »