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roman - Page 4

  • La rivière chapitre 12

    ch.12 Petitjean et ses cavales

     

    Résumé : Un chasseur prisonnier de la crue  de la rivière  dit devoir son salut à  quatre chevaux. Ils ont disparu. Il part à leur recherche.

     

    Trois virages encore et nous voilà dans une vallée dévastée. Un bull est en train de dégager la route : arbres déracinés, boue épaisse, murs effondrés. Le barrage du moulin de la duchesse a été complètement recouvert par la vague qui a déferlé à l'aube lors de la rupture du barrage en amont.

    « Vous devriez aller voir à Caumesnil nous dit le conducteur du Bull. Ils ont été évacués là-bas ainsi que les gens du moulin et ceux du restaurant sur la grande route. Il n'y a plus personne au pays. C'est une catastrophe.»

    Sur la place de Caumesnil ,il y a grande agitation autour des 20 Chevaux accrochés par groupe de 4 le long du lavoir, autour de la fontaine, sur le mur de la mairie et de chaque coté de la porte cochère du grand manoir.

    « Pouvez vous nous dire ou se trouvent  Petitjean et son équipe ? »

    « Vous êtes de la famille ? »

    « Non, mais s'ils sont vivants, il faut absolument qu'on les rencontre ».

    «Ils sont sains et saufs Dieu soit loué ! Ils sont au château de St Léger où la crue les a surpris ; Ils ont perdu leurs chevaux. C'est bien dommage car c'était un quadrille de première qualité et d'ailleurs, ils ont gagné la première manche du rallye de la duchesse. »

    Victor connaît le château. Il l'a visité lors d'une journée du patrimoine. Il me le décrit tandis que nous roulons. C'est une demeure d'un style renaissance très pur avec un parc planté de magnifiques tulipiers. Derrière les communs, au-delà du potager et d'un verger couvert de fruits subsiste encore les vestiges de la plus vieille papeterie de France. Victor n'a pas le temps d'en dire plus. Nous voici à St Léger, la grande porte  du château, est ouverte, c'est le châtelain lui-même qui nous reçoit en bottes et une pelle à la main. Il nous aiguille sur Petitjean.

    « Il donne la main avec son équipe à déblayer le perron. Mais soyez discrets, il est très affecté par la perte de ses chevaux. Quelqu'un lui a téléphoné disant qu'à la télé aux  infos de 13 h un rescapé a prétendu qu'il leur devait son salut. Mais apparemment le journaliste n'a pas pris au sérieux ce « miraculé » et les chevaux ont disparu ».

     « Le miraculé comme vous dites, c'est moi. Et je crois être en mesure de lui retrouver ses chevaux »

    Saint Léger, le châtelain laisse tomber sa pelle ; on contourne le château.

    « Pierre, viens voir, il y a quelqu'un pour toi ».

    Saint léger   nous présente son neveu.

    «  Enchanté monsieur, je suis le rescapé dont la télé a parlé ce midi. Je suis venu vous remercier car je dois la vie à vos chevaux et voici Victor mon ami ».

    Par le détail je lui explique toute mon aventure : la nuit à la hutte, la crue le matin, le chêne, les chevaux, le petit bois sauveur, la nuit sur mon île, le vol des chevaux, le retour au village, la presse télévisée et enfin le journal de 13 h qui m'a  ridiculisé.

    « Je veux que des ce soir au 20 h il y ait un démenti et les excuses de la chaîne. Victor qui connaît bien la région m'a aidé et nous avons retrouvé vos chevaux. Je vous propose d'aller les chercher ».

    Petit jean appelle son équipe. Saint léger sort son 4x4, invite  son garde à monter et nous voila parti à 8 avec les deux voitures. En arrivant à la grange à l'entrée du chemin forestier on s'aperçoit que nous ne sommes pas seuls. Deux voitures nous ont précédés. Saint léger  qui, sur ses terres, a tendance à faire justice lui-même, demande au garde de mettre les voitures en panne puis de nous rejoindre.

    Et nous voila partis sur le sentier de la guerre, silence dans les rangs. Seul Victor est armé de son gros bâton noueux. On se regroupe derrière le buisson d'aubépines. Ils ne sont que trois dans la clairière à peser les mérites de chacun des chevaux et à parler gros sous. On attend que nous rejoigne notre « mécano » et on s'avance à huit de front vers nos bonshommes. L'effet de surprise est saisissant. Pas besoin d'hélico hurlant la Walkyrie dessus les rizières (1) ou de sirènes « wagnériennes » saluant l'arrivée des avions allemands dans le ciel de Paris (2). A huit de front, on avance dans un silence  assourdissant avec la lenteur des justiciers d'un western spaghettis.

    « On vous remercie messieurs d'avoir pris soin de nos chevaux et sommes venus les chercher. »La voix de Petitjean claque comme une cravache.

    « Justement, on discutait ensemble pour trouver le meilleur moyen de vous les apporter »

    « Eh bien, le problème est résolu puisque nous sommes là. Vous nous rendez les brides. Voila messieurs, nous avons bien l'honneur ! »

     

      

    (1)Apocalypse Now de Francis Coppola

    (2) le temps retrouvé de Marcel Proust : 50 ans avant Coppola, Proust nous montre St Loup admirant de son balcon un combat d'avion durant la guerre 14.Il parle  déjà d'Apocalypse et de  la Walkyrie. Coppola avait il lu Proust ?