26.12.2009

AGIR

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 Faire, se construire, contempler  :  Voila  en raccourci  une démarche humaine  proposée    par Maurice Blondel (1) .Je l'ai  vue  à l'oeuvre dans   un beau documentaire de  Marine Place : « les choix de Valentin ».

- Agir. Nous sommes à Calais, après  la fermeture du camp de Sangatte, des centaines de réfugiés afghans ,érythréens, kurdes  errent dans  ce qu’ils appellent la Jungle .Terrains vagues ou poussent    des épines noires  et  des argousiers  épineux.Valentin  18 ans, bouleversé  par le sort fait à des jeunes  réfugiés qui  ont son âge   se met à l’action avec les" humanitaires" pour leur venir en aide.

  -Se faire , se construire. En faisant  cette action, Valentin se construit. Cette activité le fait entrer  dans la « lumière d’une action volontaire »(1). Toute sa vie en est transformée.  Il trouve parallèlement  le courage  et la volonté  de  travailler  au lycée, de passer son bac, d’assumer les taches familiales  tout en accompagnant  sa mère dans sa maladie  jusqu’à son départ .

-Contempler : Le miracle de l’image  et le débat  qui a suivi  les diverses  projections  du documentaire, nous a  introduit  en spectateur dans la réflexion de Valentin, sa recherche  des causes ,ses questions  sur l’incompréhension face à l’acharnement  du pouvoir, son désir de faire bouger les choses dans les politiques   migratoires   au niveau national  et  international.

Dans  la  maturité d’un homme  qui se construit sous nos yeux, je reconnais ce que Maurice  Blondel appelait  d’un seul mot : l’action…. « L’action qui  fait croitre la lumière dans le monde »(1)

Le documentaire  de Marine Place    a suscité  peut être des vocations chez d’autres jeunes  mais aussi  valorisé l’action des anciens auprès des migrants. Cette  réflexion sur la richesse  de l’action   les encourage à  ne pas mollir alors que l’hiver  est là..

« Ce n’est pas en effet en ménageant nos forces  que nous les entretenons le mieux », dit Blondel. »A mesure que l’activité volontaire  pénètre  les puissances du corps, elle en reçoit davantage. Fausse tactique donc que de céder à la mollesse, de s’écouter, de se dorloter. C’est en usant de notre énergie que nous la réparons et l’amplifions. . La meilleure hygiène est  l’action  qui rénove un principe de rajeunissement, de santé, de vigueur. »(1)

« Les bénévoles »  ont beaucoup de chance, l’action leur donne un bain de jouvence, la lumière d’une action volontaire et  même  la santé, nous dit  Maurice Blondel.(tout cela ouvert  à ceux qui sont sur le terrain)

 Reste comme une cerise sur le gâteau, la joie  promise  à ceux qui vivent les béatitudes. (2) Un bénévole triste serait un triste bénévole ?  Oui,  s’il  agit  pour se faire voir (3) ou  se donner bonne conscience(4) Mais je n’ai pas rencontré  beaucoup de bénévoles tristes sinon   de cette   tristesse là  qui vient de ce qu’on ne  réussit pas à soulager  toutes les souffrances .Mais, "On peut suivre le bon chemin en boitant"(5).Reste aussi la contemplation : L'admiration devant  ceux qui ne baissent pas les bras mais aussi devant ces jeunes hommes réfugiés,  leur capacité à sourire dans  l’adversité,  leur dynamisme et leur audace dans leur action de  migrer.Bonne fête de Noël  à tous.Fête d'un  Dieu qui ne se contente pas  de parler  ,mais descend sur le terrain au milieu des hommes , nait  au milieu des exclus et s'engage  avec eux.

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 (1) Action de Maurice  Blondel    édité en 1893 : Ci-dessous quelques citations  pour éclairer  la qualité de son regard sur la personne humaine :

La personne est un être inachevé tendu vers un devoir  être ….Elle est faite pour se dépasser…. Un élan infini l’emporte toujours en quête de perfection…… La personne ne surgit de l’individu qu’en s’assignant une fin extra-personnelle……   l’homme ne se suffit pas à lui même, il faut qu’il agisse pour les autres et par les autres…c’est la voie  d’un humanisme plénier.

(2) « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » actes  ch. 20 /35

(3) « Quand tu fais  le bien, que ta main gauche  ignore ce que  fais ta  main droite » Matthieu ch.6/3

(4) « Ce n’est pas ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur  qui, entreront dans le royaume mais ceux qui font la volonté de mon père »Matthieu ch.7/21   (5) St Augustin

19.12.2009

sortir de l'ombre

sapin51h99mX%2BWvL__SL160_.jpgsapin51h99mX%2BWvL__SL160_.jpg 

-Ecoute la vie frémir pour se sortir  de l’ombre.(1)

 Ils seraient bien restés  tous les deux  dans l’ombre en longeant les murs, mais ils sont venus quand  même. C’est pour la famille, les noel africain2048069487.jpgenfants surtout. Alors, gênés, ils se sont avancés  dans la lumière pour prendre leur colis. De l’autre coté de la table, servant comme bénévole, un copain  avec qui ils avaient travaillé un an plus tôt et qui, ayant pris sa retraite, s’est engagé  au resto du cœur. Jusque là, ils  cachaient leur misère, la voici en pleine lumière.  Alors ils baissent les yeux et  regardent  leurs pieds. Le copain bénévole  est tout retourné. Il avait essayé, il y a un an  d’empêcher le licenciement  ou du moins d’obtenir pour les licenciés  de quoi s’en sortir. Mais ils avaient signé trop vite  pour une misère.

Ce soir, dans le noir, entends le monde qui gronde, vois  ceux qui cherchent à s’en sortir. Qui sortent de l’ombre  pour survivre.(1)

-Ecoute la vie frémir  du coté de Copenhague quand  les pays  pauvres de la planète  réclament  l’aide nécessaire pour ne plus   polluer et  protéger leur forêts.

Quand se fait forte la pression des organisations de défense de la planète  pour qu’on ne se contente pas  de déclarations  vagues, mais que l’on   se sorte  de l’impasse du réchauffement climatique   avec des propositions chiffrées.

Dans  la noire inquiétude du monde, dans  ce monde qui gronde,  vois et entends la vie frémir  pour se sortir de l’ombre (1)et ouvrir un avenir aux hommes, en espérant  que les enfants seront plus malins que leur pères   pour  trouver la lumière  et  nous  sortir de l’ombre .

 

Ecoute la vie frémir  quand les veuves  des hommes  morts de l’amiante manifestent en  craignant la suppression des juges d’instruction ; Car cela   mettrait  sans doute fin  aux procès  entamés contre  les employeurs  de leurs défunts  maris. Ecoute la vie frémir, écoute et vois  ces femmes quand  elles sortent de l’ombre pour se faire entendre et réclamer justice. Comme la veuve dont nous parle Luc qui  réclame justice à un juge qui se moque de tout mais finit par l’écouter pour avoir la paix.(Luc ch. 18 /2à5)

 

Ecoute la vie frémir quand les copains du mrap  en plus de la soupe et du pain,se fendent d'un billet de 50 pour  installer  une balladeuse  dans les tentes que la commune  a installé et sortir de la nuit  les 30 ou 40 jeunes afgans qui grelottaient dans la" jungle".  De cette nuit d'attente ,la lumiére se léve. De cette lumiére sortie de la nuit,la liberté accouche .

 

 Ce soir, dans le noir, entends le monde qui gronde

Ecoute la vie frémir pour se sortir de l’ombre. (1)

 

 

(1)Ecoute la vie frémir, titre de la  méditation  de  la mission ouvrière  à l’occasion de Noël.2009 .  Voir ci-dessous quelques extraits :

Ce soir, dans le noir, entends le monde qui gronde

Écoute la vie frémir pour se sortir de l’ombre

L’indignation ta fait entrer en résistance

Car au fond de toi est ancrée l’espérance

De l’enfant cette nuit jaillit notre lumière

De cette nuit de veille notre attente éclate

De cette nuit d’attente la lumière se lève

De cette lumière sortie de la nuit, la liberté accouche !

 

«  Ce poème est né d’un germe obscur ;  éclairé par la vie,  il devient lumineux… qu’il produise des fruits de lumière » René Daumal «  poésie noire et blanche » Gallimard.

Ami lecteur,au secours! Ils sont 12   à dormir dans une caravane pourrie qui croule sous la neige,ce sont mes voisins .Ils viennent de Bucarest  et font la manche au carrefour. Si vous connaissez des gens qui veulent se débarasser de leur  vieille caravane  dont ils n'auraient plus l'usage,je suis preneur." Ecoutez la vie frémir pour se sortit de l'ombre"  Réagissez suir  mon blog en donnant vos références,je vous contacterais. Merci!

 

 

 

12.12.2009

Humanité

 

 

HUMANITE

 

 

camusimages.jpgPanthéon ou pas ?  Voici Albert Camus  au premier plan  de l’actualité  50ans  après l’accident  de voiture qui lui a couté la vie. Un cyprès centenaire, le chant des cigales et « les collines provençales alentour où l’homme peut se délivrer de lui-même  avec douceur».Le cimetière de Lourmarin  semble convenir  au chantre  de l’Algérie natale  baignée de soleil.

 Albert  Camus n’a pas refusé jadis un prix Nobel de littérature, et  n’est plus  en mesure  aujourd’hui de refuser  l’honneur d’entrer au Panthéon. Laissons à ses enfants le soin d’en décider. Panthéon ou pas, un cinquantenaire  se commémore. L’occasion   de  nous laisser éclairer  par la  grande liberté  d’un homme  qui  seul  contre toute l’intelligentsia  de son époque  a donné à «  l’homme révolté »  la force de dire non à l’oppression même si elle trouvait sa source dans la passion révolutionnaire ,même si elle était aux yeux des bourreaux du « bon coté  et  dans le sens de l’histoire ». Dans sa lecture du « premier homme », Alain Finkielkraut (1) écrit : «L’homme accède à la dimension politique  de l’existence en se redressant..il marchait courbé et soudain il se tient droit. Au commencement est le soulèvement, l’ouverture à l’humanité nait de cette sécession. Mais  pour assurer la victoire de l’esclave insurgé,  la passion révolutionnaire a  constitué le crime en moyen d’action légitime .Au nom de la révolte,  la Terreur s’est installée. Staline bien après St Just et en même temps  que  Mao a mis Spartacus en camp  de concentration. » Cette  analyse  fait  de Camus un  révolté  «  non-aligné »(2), Un «  révolté de la mesure » animé par un immense respect de " l’humanité" ,une  réalité sacrée  en chaque homme." La France est fille de sa liberté"disait Michelet , en ce sens on peut dire que Camus   fut un français " libre "DSC02590[1].JPG comme le lui  avait aprris son instituteur monsieur Germain et tel qu'il l'a montré  dans la résistance au nazisme à Combat. Alors, il est, je crois, légitime de se demander contre quoi il se révolterait aujourd’hui., et quelle "démesure"  dans la révolte, il refuserait . Les sujets ne manqueraient  pas :  la chasse aux voix des  xénophobes et des sécuritaires frileux sur le dos des réfugiés d’Afrique et d’ailleurs dont on pourrit la vie, l’âpreté  au gain des banquiers  et des traders qui  spéculent, se refilent  des créances douteuses et ne tiennent pas parole(4), les crimes  contre l’humanité au Darfour ,  le terrorisme sous toutes ses formes .  Un homme ça s’empêche ,disait  Cormery. (2)On ne tue pas des innocents!.

  Et pourquoi ça s’empêche ?  Pour rien, c’est comme ça ! Un homme ne fait pas n’importe quoi, ça s’empêche sinon ce n’est pas un homme. Ça ne se fait pas, c’est tout. Le père d’Albert n’est pas  homme à faire des discours «  L’homme  qui se révolte  doit être aussi celui qui se résiste : « Moi, Je suis pauvre, je sors de l’orphelinat, mais je m’empêche ».  Lucien Camus  alias Cormery  pourrait «  se trouver des excuses et s’exonérer de la norme morale, il ne le fait pas, il s’empêche ».

« L’humanité dans l’homme  doit  être sacrée, l’homme ne doit jamais être un moyen mais une fin ». Kant parlait d' impératif catégorique. Cormery   est aussi catégorique . Il n’a pas été beaucoup à l’école  mais suffisamment  pour dire comme  Socrate que l’homme peut apprendre à connaitre le mal et  donc  est capable de s’empêcher de le commettre.  Faire preuve d’humanité ,résister à l'inhumain,  serait il   le propre de l’homme ? .

Lactance, humaniste latin, converti au  christianisme au  3 éme siècle, disait  de cette humanité qu’elle était « le lien suprême des hommes entr’eux ....   Si nous voulons être appelés des hommes, il nous faut faire preuve d’’humanité ; ce qui n’est pas autre chose que d’aimer l’homme parce qu’il est  homme et la même chose que nous. » « Les bêtes sauvages   carnivores ne peuvent se nourrir que de proies et de sang .Même poussées par une faim extrême, elles, n’en épargnent pas moins les animaux de leurs espèces (3)(les loups ne se mangent pas  entr’eux)  . Combien plus l’homme  se doit il d’épargner l’homme son semblable et l’aimer ».. ». Un homme ça  s’empêche. « Si ta main ou ton pied entraîne ta chute, coupe les et  jette les loin de toi…Si ton œil entraine ta chute, arrache le et jette le loin de toi.(5)  Voila un discours radical et catégorique, une invitation   à résister, à s’empêcher, à refuser  tout discours  sur  une fin qui justifierait les moyens. « Camus n’a  hérité de rien  sinon de cette phrase lapidaire de  son pére  Lucien  Camus ,alias Cormery : « Un homme ça s’empêche » (1)

.

 

 

(1) Un cœur intelligent d’Alain Finkielkraut  chez Stock  page 105 à 138

(2) allusion aux pays  non alignés du temps de la guerre froide

(2)Expression lapidaire  qui  résume  toute la pensée de Camus. Elle se trouve au centre  du  « premier homme ». Monsieur Cormery    tient le rôle de Lucien Camus  père d’Albert    dans ce roman «  autobiographique »  dont le manuscrit  se trouvait  dans la Facel Vega  qui s’est écrasée contre un arbre   à Villeblevin le 4 Janvier 1960.

(3) inst div  et Pitomé 34. Lactance

(4) Chez  un grand oncle, il y avait sur le palier  d’un escalier poussiéreux, une  lithographie encadré de bois sombre qui représentait deux  hommes d’affaires  en confidences. Une légende  faisait dire  au plus âgé, avocat  sans doute,  portant redingote et rouflaquette : « Rassurez vous, il n’a que  ma parole». Même un homme d'affaire , ça devrait s'empécher !.

(5)Matthieu ch.18/9:Jésus parle ainsi à celui qui  serait tenté de scandaliser un petit. Voila  bien une façon radicale de "s'empécher".

05.12.2009

angoisse

 

l’angoisse

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« On a les boules » ! disent les jeunes en montrant leur gorge. De fait,  c’est au niveau de l’estomac  que les choses se nouent le plus souvent. Ca nous prend  parfois quand on s’arrête ou quand quelque chose nous arrête dans notre élan : Une maladie   qui nous cloue  au lit, une retraite qui vide soudain l’agenda, un licenciement  qui nous coupe du milieu de travail, une période de chômage qui se prolonge, une séparation qui nous plonge dans la solitude   et voila  la  rongeuse  qui vous taraude l’estomac avec des questions sans réponse : Qu’est ce que je fais sur terre ? Qu’ai-je fait de  ma vie ?  Et  voila une espèce d’angoisse « métaphysique » qui nous saisit  avec une prise de conscience aigue  de notre « être au monde » (le  fameux « dasein » de Heidegger) (1).

Pour échapper à cette tenaille, certains se mettent, dés qu’ils le peuvent, à courir, à se dévouer corps et âme  à quelque tâche humanitaire ou comme certains  calvinistes, angoissés par  leur salut,   à s’abrutir au travail.  D’autres  se dispersent  dans les plaisirs de la vie, c’est le  fameux « divertissement »  de Pascal, ils s’enivrent de «  vins fins, de parfums ou de vertu » comme le conseillait Baudelaire. D’autres enfin trouvent leur bonheur en marchant sur la route de Compostelle ou  dans quelque club de randonneurs  ou de cyclistes, ils communient à la nature .La sérénité  leur  remonte  par les pieds jusqu’au cœur .Ils s’éclatent comme ils disent, ils idolâtrent « le feu, le vent, la brise légère, la ronde des étoiles, la violence des flots, les luminaires du ciel. »(2)

  Pour consoler les angoissés certains leur disent  « c’est rien ! Ça va se passer » et pour que cessent  leurs gémissements, ils disent « allons, c’est tout ! ». Il faudrait savoir si c’est rien ou si c’est tout !  En fait, c’est n’importe quoi  car L’angoisse ne se console pas, elle exprime  une question fondamentale,  propre de l’homme   et de sa conscience «  d’être au monde »(1).

 Pourquoi ne pas chercher  une bonne fois à y répondre ? 

Qu’est ce que je fais sur cette terre ? Pourquoi  je suis  vivant ?  Pourquoi il y a un monde plutôt que rien ?  Où est partie grand mère qui a fermé les yeux ? Pourquoi elle est partie ? Ce sont déjà  les questions de l’enfant de  5   ans,  ses pourquoi  incessants  dont les papas  se  défaussent  souvent  en disant : « va demander à ta mère ».

Essayer d’y répondre est  une démarche humaine. Les animaux  ont  souvent peur. On met des œillères au cheval pour qu’il ne soit pas   effrayé  par quelque mouvement intempestif  et ne fasse un écart brutal. Mais il ne semble pas qu’il  soit sensible  à l’angoisse   et surement  pas à l’angoisse « métaphysique ».  L’angoisse serait donc le propre de l’homme et de sa conscience «  d’être au monde ». (1)

Une  autre solution, celle que proposent les « cyniques » : choisir  de  mener une vie animale, une vie  de chiens comme Diogène dans son tonneau. Antisthène maitre des cyniques « enseignait que les seules communautés valables était celle des chiens », qui trouvent leur nourriture dans les poubelles, savent mendier et ne se gênent jamais ; celle du troupeau  vivant en toute liberté, satisfaisant ses besoins de manière simple  jusqu’à l’indécence, comme Cartés et Hipparchie qui copulaient sous les portiques. L’homme idéal  sans questions angoissantes  serait  celui qui   se rend indépendant des circonstances qui entourent la vie. (3)Autrement dit de l’homme qui s’en fout de tout et ne s’embarrasse de rien.

 Mais, Il est trop de malheureux aujourd’hui qui sont contraints de mener une «  vie de chiens » et  l’angoisse ne quitte pas  la « jungle à Calais »n’en déplaise à Diogène et à Besson.  Trop de réfugiés et de sans droits, trop de sdf   que l’on déloge du tuyau  ou sous le pont  où ils se sont abrités.  Vivre dans un tonneau à Rome ou Naples, y vivre volontairement comme un défi  à «  la bonne société »  n’est sans doute  pas  pareil que  dans un tuyau sur la côte d’opale. Et puis, peut-on renoncer à être homme pour éviter le « solipsisme existential(4) » ?

L’étonnant c’est que certains, on ne sait comment, trouvent  la réponse  à leurs questions et la paix intérieure. Ils  découvrent   Dieu  comme quelqu’un qui est là.

 Roger Auque  un des deux otages célèbres  restés près de deux ans  prisonniers  dans les geôles  à Beyrouth, durant la longue guerre civile raconte : «  « Moi qui ne savait rien de Dieu, dés le premier jour, je me suis retrouvé à genoux  sans savoir prier ». « Un jour, un de mes ravisseurs  m’a  apporté une bible de poche. Elle est devenue mon livre de prière. Pour moi maintenant  Dieu, c’est quelqu’un qui est là ». Il arrive  ainsi à certains  de  se retrouver face à des «   cieux  qui se déchirent »(5), un rideau qui se lève,  Quelqu’un  qui leur parle. Depuis Abraham, combien  de témoins  nous racontent cette  rencontre !  Cela  les combles, disent ils, d’une grande paix  même dans  des situations difficiles. Le sentiment de solitude (est ce le solipsisme existential ?) se déchire  quand   on découvre  un ciel habité par quelqu’un qui nous aime et une présence au cœur de  la désolation. Et même ceux qui avaient pris pour des dieux et idolâtré « le feu, le vent, la brise légère, la ronde des étoiles, la violence des flots, les luminaires du ciel à cause de leur beauté qui les a charmés, découvrent  parfois  l’auteur même de la beauté qui est leur créateur. La grandeur et la beauté  des créatures  font par analogie découvrir leur  auteur ;(2) et il est bien d’autres chemins vers la foi. Dieu écrit  droit avec des lignes courbes et dit à celui qui cherche une réponse  à ses questions : « tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ».(6)

(1)« Par l’angoisse, le ‘’ dasein’’(l’être au monde) est transporté  par son propre être devant  lui-même. Tel est donc le pouvoir révélant  de cet affect : il vient briser le mouvement de fuite devant soi même. »SZ 1894.Heidegger. L’analyse heideggérienne est  très différente  de l’analyse freudienne. Elle est d’ordre métaphysique et non psychique.

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(2) livre de la Sagesse  ch. 13. «Ils ont pris  cela pour des dieux a cause de la beauté qui les a charmés. Certains cherchent Dieu  en étant plongés au milieu de ses œuvres et se laissent prendre aux apparences : ce qui s’offre à leurs yeux est si beau ».

 (3)Ernst Bloch Le principe espérance Gallimard  49 .

(4) » L’analyse existentiale  du phénomène de l’angoisse  nous fait atteindre un point limite dans la découverte de soi. Le pouvoir de singularité de l’angoisse est si fort  que nous devons parler d’un véritable solipsisme existential »SZ 188(.Moins contagieux que la H1N1,qu'on se rassure!)

(5)  Marc Ch. 1 v 10 et 11 : « A l’ instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendre sur lui »

.(6)  Saint Augustin avant Pascal.

28.11.2009

babette et son festin

Paff353743635.jpgBabette

. Bien recevoir, pratiquer l’art de la table  pour Marthe, c’était  emprunter   le chemin  du ciel alors même que Marie  assise  au moment du « coup de feu » au début de repas  se contente   de boire les paroles de Jésus et  laisse  travailler sa sœur(1). Marthe, patronne des cuisinières,  accueilliera t elle   au paradis  les cordons bleus en compagnie de Babette pour « un festin ouvert à tous les peuples, un festin de viandes grasses et de vins vieux, un festin de viandes grasses succulentes et de vins vieux décantés»(2)

Karen Blixen  nous raconte une belle histoire (3) pour   nous révéler   que Dieu a pris le parti des  bons vivants  contre les bilirubines ,du mardi gras contre le Carême-entrant, de frère jean et ses cuisiniers quand ils embrochent  les andouilles des iles Farouches.(4). On traitait  Jésus de glouton parce qu’il ne jeûnait pas comme  le baptiste, et  répondait aux invitations à déjeuner, ne  peut on   comme lui   apprécier les bonnes choses ? L’idéal ascétique, chemin de liberté pour ne pas  s’empâter ne nous projette pas  forcément  dans la Jérusalem d’en haut. L’art de vivre  n’est il  pas  un art  véritable ? Tout art ne rapproche til pas de Dieu ?   

 Voici la belle histoire du festin de Babette :

Il y a en Norvège, un long fjord étroit, enserré par de hautes montagnes. Dans ce coin reculé  et paisible, vit une communauté pieuse  où les fidèles renonçaient aux plaisirs du monde. Les plaisirs de table n’étaient pour eux qu’illusions. La réalité à laquelle ils aspiraient  s’appelait la nouvelle Jérusalem, la Jérusalem d’en haut. Le pasteur s’était marié tard, avait eu deux filles  Martina et Philippa .Comme Martin Luther et Philippe Melanchthon, prénoms lourds à porter qui les identifiaient  et leur assignaient  un rôle ."Orgueilleusement humbles", elles avaient su chacune leur tour repousser les assauts du monde  extérieur : un jeune officier séduisant, puis  un chanteur français. Un jour, bien après la mort du pasteur,  une femme sonne à la porte de Martina et Philippa. Cette femme s’appelle Babette Hersant, elle émigre de Paris  où, elle a participé à la guerre civile de la commune et perdu toute parenté. Elle est  cuisinière  de profession et  propose ses services. Elle est  accueillie par les demoiselles et leur fait la cuisine  mais  dans l’esprit  de la maison : morue salée et soupe au pain noir. «  Apôtres de la frugalité, les demoiselles fustigeaient l’idolâtrie.Pour elles, La bonne chair affirmait la primauté du matériel et le matériel, c’était  le double mal de l’être, sous la forme de la pesanteur et de l’illusion .Quand le corps est repu, l’âme s’alourdit, s’épaissit, s’assoupit, perd la force de s’élever….elle ne sait plus la pauvre que la vraie vie est ailleurs…. En pourchassant sans relâche les plaisirs de la table, leur ascétisme  implacable  ne ciblait pas la jouissance  comme telle mais  l’oubli de la nouvelles Jérusalem, c’est-à-dire de la cité céleste  et de ses joies »(3) Or , après 14 ans passés  dans cette monotonie dans l’ ambiance morose  d’une communauté  vieillissante  ,  Babette reçoit une lettre  de Paris ,elle la lit et la relit et annonce aux deux sœurs  qu’elle vient de gagner   le gros lot de 10000  francs . Les deux sœurs  se réjouissent  pour Babette   mais voudraient qu’elle ne s’en aille pas  avant  la grande fête anniversaire  du centenaire de leur père. C’est alors que Babette  leur fait une requête étrange. Elle leur demande de préparer  pour cette fête de  communauté  un banquet selon ses vœux, un dîner français  qu’elle veut payer  avec l’argent  gagné  à la loterie. Devant les  protestations des demoiselles, Babette tient bon : « Ne comprenez vous pas mesdemoiselles, vous qui êtes si pieuses et si bonnes  qu’il vous appartient d’exaucer  une prière qui vient du fond de mon cœur avec la même joie  que le bon Dieu a exaucé les vôtres depuis 14 ans ? ».Babette   prépare son festin. Passe commande   des provisions dont elle a besoin et qui arrivent par bateau. Vint alors le grand soir  pour toute la communauté. Martine et Philippa  avait fait  promettre à toute la communauté de ne pas parler  de ce qu’il y aurait  dans les assiettes, de ne faire aucun commentaire  et «  tout au long de la soirée, ils maintinrent  un silence total sur la qualité  du festin…..mais les uns et les autres baignaient dans un climat de  gaité et de douceur..La glace qui enveloppait le cœur des fidèles fondit sans crier gare et ils retrouvèrent  le plaisir perdu d’être ensemble. L’esprit  de cette communauté qui battait de l’aile  dut son renouveau  à un enchantement inattendu de la matière…. Les sens des frères et des sœurs furent arrachés au sommeil. Et cet éveil  leur ouvrit les portes de l’idéal. L’inférieur illumina le supérieur »(3) Cette histoire me rappelle une plaisanterie  vacharde , en cours, dans le monde clérical  pour se moquer des "bilirubines", et des buveurs d'eau : "on le croyait saint,il n'était que maigre". Babette s’est fait plaisir, elle a  réalisé une œuvre comme une grande artiste et  dépensé tout l’argent  gagné à  la loterie .Dans son mot de remerciement, Philippa  dit à Babette : « ceci n’est pas la fin Babette. Au paradis tu seras la grande artiste  que le Seigneur a voulu que tu sois. Ah, ajouta t’elle tandis qu’un courant de larmes coulait sur ses joues, combien tu raviras les anges ! »Avec ce cri du cœur, une véritable révolution a lieu : La nouvelle Jérusalem, se peuple de belles et bonnes choses .La  cité céleste accueille  le meilleur du monde humain. »(3)   Soupe à la tortue, blinis Demidof, cailles en sarcophage, le tout arrosé  d’un amontillado exceptionnel."« la miséricorde et la vérité se sont rencontrés, la justice et l’allégresse  se sont embrassés » conclut le général en s'essuyant les moustaches.

 (1) Luc  ch 10 /  38 à 41 : « Une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. Elle  avait une sœur nommée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe s’affairait à un service compliqué. Elle survint et dit : « Seigneur cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé seule à faire le service ? Dis lui donc de m’aider ».Le Seigneur lui répondit : »Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’st bien Marie qui a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée ».

(2) Esaie ch 25 v 6. : « Dieu préparera sur la montagne …..»

 (3) Le festin de Babette  de Karen  Blixen d’après Alain Finkielkraut  dans un cœur intelligent  chez Stock :Flammarion. p.274. Gabriel Axel en a fait un beau film (affiche ci-dessus).

(4) le quart livre Rabelais :

21.11.2009

Un parti pris d'espérance

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LE PARTI PRIS DE L’ESPERANCE (1)

« Il reviendra juger les vivants et les morts », Les chrétiens croient au retour du Christ, ils l’affirment  du moins dans leur crédo chaque Dimanche. Cependant bien peu  aspirent à  ce retour, bien peu prient pour  que Jésus  revienne, personne n’est pressé de le voir revenir, même ceux qui sont affrontés à la souffrance. Ils se moquent même  des témoins de Jéhovah   et autres sectes millénaristes qui annoncent  régulièrement la fin du monde. L’an 2000 n’a pas suscité de panique et encore moins de faux espoirs  comme 1000 ans avant .Il semble  que l’espérance est morte, du moins cette espérance là  qui a tant marqué  les premières générations de chrétiens, et dont témoigne les écritures.  « Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde »Beaucoup de chrétiens vivent cette présence de Jésus  au quotidien  selon sa promesse mais ils ont oublié «  la fin du monde ». Jésus aurait dit jusqu’à la saint glin- glin ce serait  pareil. Du « Venez divin messie » de mon enfance à « Maranata »d’aujourd’hui, ils chantent :"  Viens Seigneur"  , mais le cœur n’y est pas. Les chants de l’Avent, temps de l’attente parlent de la venue  de Jésus  et de son royaume  dans le cœur des hommes  .Ils évoquent   parfois le « dernier jour » mais  au 4 éme couplet , quand ce n’est pas au 7 éme ou au 9 émé  et de manière poétique : c’est l’aube, l’aurore, le jour qui se lève ,le soleil qui va luire ,l’éclat soudain du jour d’éternité ,un ciel nouveau, le royaume des sauvés, la terre promise ,le grand soleil du jour promis . Quand ils chantent  sa venue au futur  c’est sous forme interrogative « reviendra-t-il sur nos chemins ? Ou « trouvera t il quand il viendra ? Partagez vous cette constatation ?  Peut être, comme les vierges sages de Matthieu(2), êtes vous  de ceux qui  veillent  dans la nuit  le retour du Seigneur ? En ce cas, réagissez, dites moi que je me trompe, j’attends vos réflexions. Les mayas et les aztèques attendaient, dit on, le retour d'un dieu blond  nommé Quetzalcóatl. Un étudiant allemand de Dresde  découvre  en 1880  "les mystères des mayas «et leur calendrier  échappés à  la rage destructrice des conquistadors espagnols. Ses calculs l'amènent à dater  le retour de Quetzalcóatl et la fin du monde. Ce serait le 22 Décembre 2012 à 0h45 .Bigre !! (il aurait pu nous laisser un dernier Noël !) Espérons que la sagesse des nations  à Copenhague  retarderont  l' apocalypse  du moins sous forme de catastrophe écologique . Pour le reste  c'est  téléologiquement et theologiquement,  le secret du Pére.(Marc ch.13/ 32)

Le retard  du retour de Jésus

Dans la deuxième épitre de Pierre au chapitre 3,l’auteur  (en 125 après Jésus Christ sans doute)  est très sévère pour ceux qui n’attendent plus le  retour du Seigneur : ce sont des « sceptiques moqueurs  menés par leurs passions personnelles »ces gens qui disent « où en est la promesse de son avènement  alors que tout demeure dans l’état depuis la création »Voici  le commentaire de l’auteur de cette lettre : « N’oubliez pas ,mes amis, que pour le Seigneur  un seul jour est comme mille ans et mille ans est comme un jour .Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse ,mais il fait preuve de patience envers vous…., voulant que tous  parviennent à la conversion .Le jour du Seigneur viendra comme un voleur….Nous  attendons selon sa promesse des cieux nouveaux et une terre nouvelle  où la justice habitera».C’était en 125,nous sommes en 2009 .Si pour le Seigneur  mille ans c’est comme un jour, pour nous , c’est bien long et 2000 ans c’est doublement long. Comme les dix vierges de Matthieu nous nous sommes  peut être endormies. Je ne pense pas que nous soyons les « sceptiques moqueurs »que dénonçait l’épître de   St Pierre .Simplement  nous entamons  notre 3éme millénaire   et nous n’envisageons pas  que tout s’arrête avant son terme. Et si Quetzalcóatl revenait avant Jésus ? 2012 n’est plus loin. ! Sombre apocalypse !

Une espérance comme une attente

" Rendre  indispensable l’impossible » Voila  ce que disait Bronislaw Geremek  qui  nous a quitté l’an dernier dans un accident de voiture. ( il aurait fait un bon président pour l’Europe) Cet homme comme nombre de dissidents  a vécu l’espérance comme  une longue attente.

Vaclav Havel dans un beau discours à l’académie des sciences morales et politiques  en1992 décrit  ce que fût cette attente :

-En attendant Godo .Beaucoup, perdant l’espoir de  faire bouger les choses, se sont mis à espérer en un vague salut  venant de l’extérieur..C’était « une espérance d’individus sans espoir »comme les personnages de Beckett sur le banc..

-D’autres, « vivaient  l’attente en tant que patience animée par la croyance  que résister en disant la vérité est une question de principe, tout simplement par ce qu’on doit le faire. » .

-D’autres enfin vivaient « une attente inspirée par la conviction  que la graine semée prendra racine et germera un jour .Nul ne sait quand ».Cette dissidence « cultivait la patience …l’attente en tant que patience, comme un état d’espérance » Et Il ajoute : « une attente  qui a un sens parce que générée par l’espoir et non par le désespoir, par la foi  non par la désespérance par l’humilité devant le temps de ce monde… une telle attente est plus qu’une simple attente. C’est la vie, la vie en tant que participation joyeuse au miracle de l’Etre».

Ce qui me touche dans  le discours de Vaclav Havel,, c’est  que pour décrire l’espérance des dissidents, il emploie   les images   dont se servait Jésus pour parler du Royaume. La patience du semeur.qui « attend la germination », « il faut semer patiemment les graines, arroser avec assiduité la terre où elles sont semées et accorder aux plantes le temps qui leur est propre. » »On ne peut duper une plante,…mais on peut l’arroser, patiemment, tous les jours. Avec compréhension, avec humilité, certes, mais aussi avec amour ».

Voila une espérance en acte ! Un acte d’espérance ! Un parti pris d’espérance.

Les chrétiens, n’ont-ils pas   à vivre  le temps de l’’attente  à  la manière des dissidents ?

Une résistance à l’inhumain (3) avec le doux entêtement, et la patience  du prophète de Galilée.

La foi  dans  la semence  de justice et d’amour qui germe et grandit «  que l’on dorme ou que l’on soit debout » Marc ch. 4/26à29. Donner du prix  et encourager tout pas vers  plus d’humanité. Mais aussi, ne pas attendre un salut  qui comme   Godo  viendrait d’ailleurs. « Ne pas attendre la floraison d’un lys que nous n’avons pas planté »

Espérer  dans l’attente avec « humilité et amour ». Ne pas céder à l’impatience et vouloir comme « un enfant tirer sur une plante pour la faire pousser »

« Participer joyeusement au miracle de l’être » Ajoute Vaclav Havel. Voila qui  devrait parler  aux familiers de l’Evangile des  béatitudes.

Aimer l’espérance, croire au bonheur

« Dis moi ton espérance » c’est le titre d’un livre de Guy Coq (4) qui avoue  d’emblée dans son introduction que » comme beaucoup  de ses contemporains, que le désespoir attire, il n’a pas aimé l’espérance ». C’est que « les utopies les plus belles ont accouchées du pire ». Et ont fait du 20 éme siècle  la période la plus sombre  de l’histoire humaine. Le lieu de mon espérance  finalement, c’est l’Evangile, dit  Guy Coq.

C’’est le refus devant l’espérance .qui a longtemps fait obstacle pour moi, alors  qu’elle est  première   dans  toutes les foules que rencontre Jésus. Bien avant la foi, Jésus  soulève une immense espérance par ses gestes envers les malades, les rejetés et exclus de son époque, la radicalité de ses prises de position, la révélation de la bonne nouvelle de l’Amour  de  Dieu, ses promesses  de bonheur. Une espérance qui étonne Dieu lui même  d’après Péguy(5) «  Et moi, Je ne croyais pas au bonheur ». Guy coq raconte  une histoire, celle d’un saint, qui ne croyait pas au bonheur.  Quand il s’était présenté à sa mort devant le Christ, celui-ci lui a dit : « Tout est parfait dans ta vie, mais il y manque quelque chose d’essentiel : tu n’as pas cru au bonheur ! Alors  tu vas recommencer ta vie mortelle  en prenant appui sur la foi au bonheur, tu devras revivre ta vie avec en plus, au fond de toi, l’espérance illimitée du bonheur » Ainsi fut fait conclut l’auteur.

 

(1) profession de foi de ‘Action catholique ouvriére

(2)Matthieu ch.25 :1à13

(3) Cette résistance ne serait elle pas la mise en œuvre de « l’utopie négative » dont nous parle Guy Coq.

(4) Dis moi ton espérance le seuil

(5) Le porche du mystère de la deuxième vertu : « La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance.... la foi ça ne m'étonne pas ,j'éclate tellement dans ma création »

 

 

 

 

 

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07.11.2009

biens mal acquis

Biens mal acquis !

800px-Billet_de_banque_gabonais.jpgPour la première fois, au mois de Mai, des plaintes   déposées par des associations  contre des chefs d’état en exercice  pour  vol  et détournement de biens  ont été jugées recevables  en France et en Espagne. Il s’agit de  la Guinée équatoriale, du Gabon et du Congo Brassa ville. Cette dénonciation de « biens mal acquis » met en lumière les détournements massifs  dont se rendent coupables  certains chefs d’état, affamant  ainsi  les plus pauvres et privant leur population des moyens nécessaires à leur développement. «  Une trentaine de dictateurs ont détourné en quelques décennies entre 100 et 180 milliards de dollars  affirme le CCFD  dans sa lettre n°39 d’Octobre 2009 qui parle  de biens  mal  acquis  et de fortunes indécentes amassées  par une trentaine de  dictateurs avec l’attitude complaisante  des pays plus développés. Le CCFD parle de « Véritable complicité de pillage ». La convention des nations unis  dite de Mérida est entrée en vigueur en 2005  et parle  nettement de restitution de ces biens  mal acquis. Moins de 5% de ces biens  « volés » ont été à ce jour restitués. L’Europe de la justice est encore à construire avec le pouvoir  d’une justice indépendante. Pouvoir de déclencher l’enquête en matière de délinquance économique et financière. La France  pourrait montrer l’exemple : saisir les biens mal acquis sur le sol français, procéder à l’audit des créances françaises vis-à-vis des pays du Sud et évaluer leur légitimité.

C’est   la semaine de la finance solidaire(du 4 au 11 Novembre) On va demander  à   ceux qui le peuvent  de soutenir  et financer  la SIDI (solidarité internationale pour le développement et l’investissement).  Est-ce logique, que  dans le même temps, on laisse impunis «  le scandale de fortunes ,bien mal acquises, qui  auraient  du et pu  être mises au service  de  politiques de développement  ambitieuses et réalistes  et bénéficier  à des milliers d’hommes ,de femmes et d’enfants ». « L’insécurité alimentaire  doit être affrontée dans une perspective à long terme, en éliminant  les causes qui en sont à l’origine » dit Benoit XVI (Caritas  in véritate).  Une des causes n’est elle pas dénoncée  justement par le CCFD ci-dessus ? Espérons   que les plaintes  jugées recevables  contre  la Guinée, le Gabon, le Congo Brasa ville seront  entendues   et suivies d’effets Que d’autres à venir contre les autres dictatures seront  jugées recevables.

Cette note manque un peu d’humour, il est vrai. Mais la misère des gens et la faim  qui tenaille  les enfants   m’enlèvent toute envie de rire. » Qui me fera  avaler que la faim est une fatalité?  En attendant que cesse le scandale  des dictateurs cupides qui s’accaparent des biens mal acquis, vous pouvez, quand même  si vous avez trois sous,  participer à cette semaine  de la finance solidaire. (Taper  ccfd-terresolidaire.org et demander SIDI.) Si vous avez contracté quelque assurance vie  et  que les bénéficiaires  ont  réussi  dans la vie,  n'attendez  pas  de mourir pour donner la vie. Vos biens,bien acquis , feront vivre les victimes des biens mal acquis.   On dit "qu'ils ne profitent jamais " . C'est sûr  et c'est bien vrai qu'ils ne profitent  jamais  aux lésés . Quand aux dictateurs  qui s'emplissent les poches , les biens mal acquis ne  leur profiteront  que si la justice  leur en laisse la jouissance.

31.10.2009

On ne sait jamais

355[1].jpgOn ne sait jamais………                                                                                    ?

 

« La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses                                   

on ne sait jamais  le bruit ni la couleur des choses.

.C’est tout ce que je sais, mais ça je le sais !(1)

Les scientifiques,  disent  la même chose aujourd’hui.

Ils savent qu’ils ne savent pas ou du moins pas grand-chose   et ne sauront jamais le tout des choses.

Mais  ils ont été longtemps convaincus  du contraire. Or voici que leurs  certitudes s’effondrent. Peut-on  encore savoir ? Y a-t-il encore un chemin fiable  vers la connaissance ?  Les  scientistes    avalent leur chapeau : ce qu’ils prenaient pour Vérités immuables  et sacrées parce que  se parant  du  titre de scientifiques  deviennent     «propositions  relatives »  .Ce qu’on savait  de quelque chose   de réel, correspondait à ce qu’on en disait : adéquatio rei,intellectus et verbi. (2) Or voici que tout se déconstruit : «  construction de  systèmes mathématiques non euclidiens, mise au jour de la relativité,  impossibilité de dire ensemble la vitesse et la position d’un corpuscule  en physique quantique, incapacité de poser des lois  qui soient indépendantes de l’observateur  et de ses instruments »(3).Et aujourd’hui, mutatis mutandi, grand débat sur le vaccin de la grippe H1N1 qui  provient  des  milieux médicaux eux même. Plus personne ne semble savoir si c’est bon ou mauvais. Où sont donc  les  Diaforius,  le père  et ses prétentions,  le fils et sa lourdeur ,où  sont leurs  chapeaux  pointus , leurs  clystères et leurs certitudes ?

Et la foi  la dedans ? A-t-elle quelque chose à nous dire ? Sur quelle vérité s’appuie  t elle ? Y a-t-il encore une Vérité d’Evangile ? A quel saint se vouer ?

Une proposition intéressante, et questionnante , c’est celle de PROPER. (4)La  science procède par élimination. «  Toute théorie est provisoire, dit il, elle  vaut  tant qu’elle n’a pas été déclarée fausse ». N’est donc scientifique qu’une proposition qui peut être   « falsifiée ».Voila qui relativise  la Science  et cloue  au pilori  les  petits  « savants »  prétentieux , les « spécialistes » et les « experts »  en tout genre qui du haut de leur savoir  traitent  de béotiens, les nuls en math  et de débiles, les croyants .

Mais la pensée de Proper  interroge aussi  les certitudes  « dogmatiques » ou « idéologiques ». Ne  seraient  vérités que  vérités provisoires, tant qu’elles n’ont pas été déclarées fausses ? Peuvent-elles être provisoires alors  qu’on les affirme  éternelles ? Pas de problème , si la foi est  vécue  comme une recherche tâtonnante  dans la nuit  plus que la possession  d’une Vérité absolue, si La Vérité, ce ne sont  pas  d’abord des dogmes  à  croire   mais quelqu’un à  aimer  à savoir Jésus lui-même .(Je suis la Vérité et la Vie)! Nous ne pouvons dire qui est Dieu en Soi  mais seulement ce qu'il fait pour nous.

Reste l’Ecriture,  La bible, donnée de fait,  porte une trace, la «  trace d’un  Absent »... L’écrit de la Bible  ne nous branche pas  sur la Vérité  comme on branche ou recharge un portable. Il y a en elle une priorité de la question sur la réponse. Elle nous introduit dans   « un jeu  de différences, un ensemble de renvois qui tournent autour d’une absence. »(4) Elle nourrit,  donne un éclairage et   des mots  pour  exprimer  l’expérience de   la rencontre  de la foi. Une rencontre nourrie  d’autres rencontres avant elle, avec  des générations de croyants depuis Abraham.

 La  foi  serait elle   chemin vers  la certitude ? Le croyant peut-il savoir enfin le  fond des choses ?    Eh bien non !  Nos croyances  ne comblent  pas nos incertitudes  humaines et la relativité de nos affirmations. Gabin a raison de chanter  sa quête  infructueuse de savoir.  La foi est rencontre, elle  est de l’ordre «  d’une connaissance  ininscriptible  dans le langage, un savoir «  insu » pour parler comme Lacan ».(5) 

« Les Evangiles ne sont pas faits pour être compris  et pour expliquer les choses mais pour être abordé comme un seuil de mystère, ce sont des  livres  de vie, des paroles  d’esprit et de vie.» « Le secret de l’évangile  n’est pas un secret de curiosité  mais  celui d’une communication de vie » disait Madeleine Delbrel  qui  ajoutait : « Celui qui laisse pénétrer en lui  une seule parole  de l’évangile  et surtout qui la laisse s’accomplir dans sa vie  connait plus l’évangile que celui qui y cherche des certitudes » ..(6) « Alors, ajoute t elle, si ta poche est trop petite  pour contenir les évangiles, prend ta musette ».

 .Avant de quitter  notre monde,   Gabin disait « maintenant je sais que je ne sais pas. Ce « dieu du cinéma »  après avoir crevé   l’écran est passé de l’autre coté de la toile, a-t-il trouvé  maintenant   la Vérité  qu’il ne trouvait pas  dans la salle obscure du monde ? Sait-il « la vie, l’amour, les amis et les roses ».  Sait il  la vie, l’abondance de la vie même de Dieu, Sait il  la largeur, la longueur et la profondeur de l’Amour de  Dieu, Sait il  ce qu’est la chaleur de l’amitié et la famille des enfants de Dieu rassemblée et le parfum des roses ? On l’espère pour lui, mais aussi pour  ses fans  qui auront le plaisir de le retrouver  un jour  avec les bras chargés de roses, cela s’impose..

(1) De  jean Lou Abadie lu par jean Gabin.

(2)Saint Anselme de Canterbury après Aristote : Adéquation entre ce qu’on comprend et ce qu’on dit des choses.

(3) l’articulation de la foi  Jean Ansaldi  cerf

(4) Proper : « la quête inachevée » chez  Calman L(5) Déridda : de la grammatologie

(6) Nous autres gens des rues.  Madeleine Delbrêl

 

24.10.2009

La onziéme heure

ts.jpg Mon boulanger vend la baguette o, 70 centimes à mon voisin  de droite CHATELAIN  RICHISSIME  et le même prix à mon voisin de gauche  ERSAÏSTE (1) Le pain aurait donc   le même prix pour tout le monde ?  Je parle de la baguette  classique de pain blanc chère à tout français .Si le pain a le même prix et que tout le monde doit manger, faut il  donner les mêmes ressources  à chaque famille ? Faut-il donner le même salaire à celui qui a travaillé toute la journée et à l’autre qui n’a travaillé qu’un mi temps, voir une heure dans toute la journée  Dans une  histoire  que raconte Matthieu  dans son évangile au chapitre 20, Un patron vigneron  donne  le même salaire  à tous  ceux qui dés le matin attendaient l’embauche, qu’ils aient été pris de suite ou à la dernière heure, qu’ils aient donc supporté l’ardeur du soleil toute la journée ou qu’ils n’aient travaillé qu’une heure. (2)

Le RSA serait il  la réponse  moderne   à cette  parabole évangélique ?  Son  ouverture timide aux moins de 25 ans fait débat aujourd’hui : Il y a ceux qui

 pensent  que tout le monde doit manger, jeunes ou vieux, que l’on trouve ou non du travail. Et il y a les autres qui craignent que  les jeunes ne se lèvent plus ou  ne soient plus   à l’heure à l’embauche. C’est sans doute une pratique  à mettre à l’épreuve du temps .Les ouvriers de la première heure n’appréciant guère  de voir les derniers arrivés à la vigne recevoir le même salaire qu’eux,  eux  qui  ont supporté  le poids du jour sous le soleil.  Seraient ils  invités à  changer  de mentalité, à  travailler plus pour gagner moins et permettre à celui qui travaille moins de gagner plus ?  A voir !  À voir de très prés !

Mais y a-t-il une lecture « sociale » de l’Evangile ?  Est-ce bien légitime ?

 Peut-on lire une parabole dans son sens premier ?  Ne faut-il pas au contraire  lire cette histoire  en entrant dans les intentions  de  l’auteur, Matthieu en l’occurrence et derrière lui Jésus ? Et de plus  l’éclairer comme toute fable de  sa conclusion, et en tirer  la leçon : «  Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers ».

 

Faisons  en l’essai :

 

La vigne  dans cette parabole  c’est    l’humanité (3). L’employeur, c’est Dieu qui embauche à toute heure pour travailler  à plus de justice et à la paix.  Il n’est  jamais trop tard  pour dire oui  et retrousser ses manches. Il y a tant à faire  pour  bâtir la  fraternité entre   les hommes et les peuples.. Voila pour les ouvriers de la onzième heure qui n’ont rien fait  jusque là et qui entendent  l’appel à  la vie « militante ».

Quand aux ouvriers de la première heure qui rouspètent, ce  sont  ceux qui   militent  depuis longtemps et à la longue,  sont devenus    les propriétaires   de leur mouvement, de leur parti, de leur association alors qu’ils n’en sont que les membres   dévoués .Ils  rouspètent contre les derniers venus  à qui  on donne  la parole  alors qu’ils ne militent que depuis peu.

«  Que ce soit  le matin, le midi ou le soir de notre vie, nous sommes tous des ouvriers sur le chantier du monde », disait Mgr Roméro : «  Nous ne sommes pas des artisans à notre compte. Nous sommes des gérants et non des propriétaires. Nous sommes des serviteurs, pas des messies. Nous sommes les prophètes d’un futur qui ne nous appartient pas ». Voila sans doute  le vrai sens de cette parabole : bousculer   ceux  de la  onzième car Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre, inviter les lève tôt   à ne pas juger  mais au contraire  se réjouir  de voir des nouveaux se mettre en route et surtout leur faire de la place .Que les derniers arrivés  soient  les premiers  dans la confiance  que leur font  les anciens.

 

(1) néologisme de « consonance hébraïque »   tiré de RSA   : revenu  accordé aux  anciens rmistes qui trouvent un travail  plus ou moins  complet et rémunérateur et qui additionnent désormais  leur   salaire  avec  les indemnités dont ils gardent la jouissance.

(2) Matthieu ch.20/1 à 16 : Les ouvriers de la onzième heure. Avec une conclusion à provoquer  une grève  générale dans les vignobles.(voir ci-dessous le texte intégral)

((3) La vigne  dans la tradition biblique, c’est le peuple de Dieu. Voir le chant de la vigne  dans Isaïe au chapitre 5/ 1 à 5. L’évangile  nous permet  il  une vue plus universelle ?  La vigne, ce serait  alors  l’ensemble des peuples, l’humanité.

 

» Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu » Chapitre 20


01 « En effet, le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne.

02 Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne.

03 Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail.

04 Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.'

05 Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.

06 Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?'

07 Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'

08 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.'

09 Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent.

10 Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent.

11 En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :

12 'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !'

13 Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ?

14 Prends ce qui te revient, et va t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi :

15 n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?'

16 Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

 

 

 

 

 

17.10.2009

Mains propres

« Je m’en  lave  les mains ! »

 

 

Roselyne  Bachelot nous invite à nous laver les mains . En effet  après  avoir  serré  les mains des autres  elles pourraient être  porteuses du virus  de la grippe H1N1.

- Une dame  très  anti- cléricale   entre un jour dans une église  au tître du patrimoine et serre  la main  d’un  homme qui la lui tend. Elle apprend  que l’homme en question  est un prêtre,  elle  se précipite  chez elle pour se laver les mains et se purifier d’une contamination  possible. Voila un anticléricalisme   viral  , Il  se protège de la contagion  et vire au cauchemar. Y aurait-il donc un virus de la foi ? Ce virus là, « grenouille » t il dans le bénitier ou dans  le creux de la main du  curé ? Cette dame  avait raison  d’  avoir peur. (Car elle existe, je l’ai rencontré, c’est elle même qui m’a raconté cette histoire. Un an après s’être lavé les mains par prophylaxie  face au  virus de la foi, elle demandait le baptême. Elle devrait  changer de savonnette : elle a du confondre l’antiseptique et "l’anti-sceptique.")

-Les pharisiens  se lavaient les mains avant le repas, ce qui est sage même en dehors d’une épidémie  annoncée  quand ce ne serait que pour éviter la gastro.

Les disciples de Jésus  transgressent cette tradition «  Ils ne se lavent pas les mains quand ils prennent leurs repas ».(1)

« Pourquoi tes disciples  transgressent ils la tradition des anciens » ?’(1)

Jésus  répond vertement  aux pharisiens et aux scribes de Jérusalem: « Hypocrites » Isaïe a bien  dit de vous : « ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi ». «  Ce  n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur, mais ce qui sort de la bouche  et du cœur  avec les mauvaises  intentions ». (1)

-Une autre fois, Jésus est invité  pour le repas de midi et ne se lave pas les mains. A son hôte pharisien qui s’étonne, il dit : «  Vous les pharisiens, vous purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, mais à l’intérieur vous êtes remplis de cupidité et de méchanceté. Insensés ! Celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ? Donnez plutôt ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous. »(2)

-Se laver les mains, oui !  Obéissons à Roselyne mais pour se protéger, pas pour  se croire ou faire croire qu’on est pur. A Qumran, les esséniens avaient la hantise de la pureté. Ils pratiquaient  quantités de rites de purification. Des citernes sont encore  là pour  en témoigner. Ces pratiques  de purification étaient   en partie celles des pharisiens du temps de Jésus, Marc en parle au chapitre 7. (3)

-La tentation de la pureté  est  une constante du tragique humain pensait Emmanuel Mounier. Être « clean » est en effet  un idéal  mais un idéal ambigu. Que ce soit à Qumran avec les esséniens, au temps des pharisiens ou maintenant :

. Voyons  les choses  en détail :

-Il y a ceux qui ne veulent pas se salir les mains :

 Ils se tiennent en dehors  de toute situation difficile. Comme Pilate, ils s’en  lavent les mains  et laissent faire l’injustice. Leur slogan : « ce n’est pas mon problème » ! Ils se présenteront devant Dieu avec les mains propres  mais elles seront  bien vides.

-Il y a aussi ceux qui  veulent « purifier » leur pays  de ceux qui  sont différents :

-Purifier  en éliminant  ceux  qui prient différemment  comme  durant la guerre civile dans les Balkans(musulmans), sous le 3éme Reich  avec  les juifs et la solution finale ,  en Turquie  avec les arméniens(chrétiens orthodoxes) ,  prés de chez nous en France à la Saint Barthélémy(protestants) ou en Chine avec les tibétains(boudhistes).

-Purifier  en éliminant ceux qui  ont une autre couleur de peau comme  durant des décennies dans le Sud des Etats unis ou de l’Afrique avec l’apartheid. L’élection d’Obama  a mis un terme, nous l’espérons, à ce genre de crime ? Cette élection est  en tout cas source d’espoir pour la paix  avec ce  nouveau Nobel  « coloré ».

-Purifier  en éliminant Ceux qui  pensent  mal  ou ne vont pas dans le sens de l’histoire : le fait de tout regime totalitaire.

:-Il y à ceux qui  font  le ménage :

-dans leur entreprise en cherchant à  éliminer  ceux qu’ils appellent  les   « brebis galeuses » .Tandis que d’autres  s’éliminent tout seul par le suicide ou la démission.!

.-dans leur entourage, en pétitionnant  pour faire partir des voisins qui les gênent  sans penser qu’ils risquent d’en gêner d’autres ailleurs.

- dans leur quartier en s’opposant  à la loi  de mixité sociale sur  l’habitat   pour  se retrouver entre « gens biens » (traduire : nantis.)

 -Dans leur pays , en protégeant les frontières contre l’ « invasion » des pauvres.

 -Dans leur continent  qu’ils veulent transformer en forteresse à l’abri  des réfugiés et des misères du monde.

 

 Roselyne a raison d’insister pour qu’on se lave les mains, pour  faire barrage à la grippe. Se laver les mains sera peut être d’ailleurs  suffisant pour éviter  l’épidémie.  Et si   à travers ce geste  simple, par la médiation de la savonnette miraculeuse, les français  se protégeaient  aussi de  « toutes mauvaises intentions : inconduitre,vols,meurtres,adultéres,cupidité,perversités,ruse,débauche,envie, injures, vanité, déraison, tout ce mal qui sort de l’homme et le rend impur »(4) ce serait une jolie réussite .Je rêve de cette savonnette miracle  qui garderait en plus  les français  du  virus sécuritaire et de la chienlit. Vive la savonnette   « sur mesure, celle  qui purifie sans exclure ».


 

 

 

 

 (1) mathieu ch.15/v2 et v 11

(2) Luc ch. 11 v  40 et 41.r

(3) Marc  ch. 7 v 3  et 4: « Les pharisiens comme tous les juifs, ne mangent pas sans s’être lavé soigneusement les mains par attachement à la tradition des anciens. En revenant du marché, ils ne mangent pas  sans avoir fait des ablutions et il y a  beaucoup d’autres pratiques traditionnelles  auxquelles  ils sont attachés : Lavage rituels, des coupes, des cruches et des plats.

(4)Marc ch. 7 v 21.

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