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vie spirituelle - Page 2

  • noêl en wagon



     

     

    la nuit même de Noêl,1955, le régiment  RIPC ,le 18 éme régiment d' infanterie parachutiste de choc embarquait  d'Alger pour les Aurés .Je n'étais  ni sergent ni caporal ,  J'étais un soldat tout simple  de cette troupe . 

    :  « Glo,ooooo,ooooo,ooooo,ria, in excelsis déo. »  Noël

    Ils connaissaient  mes convictions mais on n’en avait jamais ouvertement parlé. Il a fallut  qu’on se retrouve une nuit de Noël, à trente  dans  la paille  d’un wagon(1).Dix huit  mois de service  militaire ensemble ,ça rend  les hommes  transparents les uns aux autres mais  pas au point  de se dire ouvertement  ses convictions  religieuses .On est prude  comme des jouvencelles  chez les paras encore plus chez les paras de choc, du moins sur ces choses là. La nuit  étoilée, la destination inconnue,  pleine d’incertitudes  et de dangers, le lointain   souvenir des Noël en famille, la paille qui évoquait  l’étable  où Jésus est né, un  léger  cafard  enfin. Tout cela a balayé  les silences et  ouvert les écluses. Il a suffit  qu’un copain sorte son harmonica  et  les chants ont jailli, des chants de Noël bien entendu ! Tout le répertoire y  est passé. Ces chants  qu’on nous passe en boucle aujourd’hui  comme une marchandise  dans les supermarchés de notre société consumériste , ces chants de noël   résonnaient de manière étrange  tandis  que nos pieds foulaient  la paille  de ce wagon    qui  s’enfonçait  dans la  nuit   d’un pays  inconnu . Les   trente paras   n’avaient pas appris  ces chants dans des écouteurs  branchés, high-tech   mais  bien dans  l’église de leur village ou de leur quartier, dans les patronages, les mouvements de jeunes  ou simplement devant la crèche en famille. Ces jeunes étaient   des travailleurs, des paysans, des marins pêcheurs, des artisans   des villes et des campagnes  de France qu’on envoyait  en Afrique  faire une  guerre  dont ils ne comprenaient pas  l’enjeu. Ces chants de Noël   les identifiaient     plus que les chants rythmés qu’on avait essayé en vain de leur apprendre avant  de quitter la France.(2) Je me souviens  des copains de Marseille , des durs  qui ne connaissait  de la religion que la « bonne mère »qu’ils avaient  vu, avec  le cœur gros , disparaître   dans la brume  tandis  que le bateau s’éloignait des côtes françaises . Ils chantaient de bon cœur,  le Still  narcht  dans un français  de Canebière   : « Douce nuit, sainte nuit »cet enfant sur la paille endormi . Les gares des villages étaient désertes. Seul le chef de gare  et quelques bergers kabyles  protégeant leurs chèvres du train    pouvaient  entendre  ces chants invitant les  hommes  de bonne volonté   à vivre en paix. «Jouez hautbois, résonnez musettes »,»l’harmonica  faisait  « musette »  et relançait  sans fin d’autres  Noëls. « Les anges dans nos campagnes , ce n’était pas des anges  ces hommes qu’on envoyait au front même s’Ils avaient appris au bout de leur parachute à survoler la terre. Ils chantaient  maintenant   Gloooooo - ria  et  faisaient  un chœur  d’  Aptères dans la campagne africaine. Les mélodies  de la nativité adoucissaient leur voix, rayées d’avoir crié  leur refus de la guerre .Arraché  à sa terre  quelque part entre Tarn et Garonne, un jeune paysan   s’est mis  à chanter seul,  une complainte  de son pays. La langue d'oc’et son accent  convient  aux troubadours, c’était  une   sorte d'élégie,une complainte, le cri déchirant  d'un amour courtois contrarié par la séparation.   .Elle  ouvrait les cœurs  à la  mélancolie  et  rappelait  des  souvenirs  émus ,ceux  des dernières étreintes sur le  quai de la  gare ou l'émotion à la lecture  de la dernière  lettre reçue . Dans le wagon de tête  et celui , juste  derrière le nôtre,  tout le monde écoutait  et quand notre troubadour s’est  tu , il y eut plus d’une minute de silence  bercé  et rythmé par   le crissement  et  le Tam Tam  des roues sur le métal des rails .  Puis l’harmonica  de nouveau  a relancé le chœur pour un autre  chant de noël.

     Depuis cette nuit ,tête et pied   dans la paille du wagon, je veille  chaque année à ce que la paille soit fraîche  dans la crèche  de mon  église  pour accueillir l’enfant et sa mère. (3)

     

     

     

    (1) 8 chevaux ou quarante hommes, en lettres blanches  sur  une planche  bordeaux  au coin du wagon de la  SNCA qui nous emmenait d’Alger jusqu’à Batna. C’était  au siècle  dernier, en  55, la nuit de Noël. Toute une section d’un régiment parachutiste dit de choc subissait  effectivement  le choc  d’un «  voyage au bout de la nuit ».

    (2)Notre lieutenant a voulu nous faire apprendre « un gai luron des Flandres, un, deux, trois, quatre, s’en vint en Wallonie, pour y conter des fables, un, deux, des fables de son pays  tralala la, des fables de son pays ». Il  exigeait   deux voix, et n’en a eu aucune. Les trouffions n’avaient pas le cœur  à  chanter. Pourtant la chanson était jolie et le lieutenant chantait juste .Elle évoquait le  bon temps ou les wallons écoutaient  avec plaisir les conteurs flamands, et vice versa. Ce chant rythmé pour la marche au pas évoquait   donc une paix perdue entre Wallons et Flamands .On nous le faisait chanter pour nous galvaniser  au moment où  l’on nous envoyait faire  la guerre. Devant  notre peu d'entrain, le lieutenant perdait pied .D’ailleurs y a-t-il encore de gais lurons en Flandres ? !

     

    (3)Dans un village  perdu  en champagne humide, j’ai vu   un jour, en guise de paille  dans la crèche,  de la  vieille laine de verre défraichie et sale. La grandeur du silo à grain sur le plateau me faisait penser que la paille fraîche ne devait pas manquer dans le pays. Je me suis permis une remarque, elle a   provoqué  de la consternation,( On avait couché Jésus  dans du poil à gratter arraché à la soupente d’un grenier) Depuis cette année, les paysans de ce village  se battent pour  celui qui  aura l’honneur  d’apporter la  paille fraîche digne du divin enfant. Il a fallut  organiser un tour pour que  personne ne soit oublié.  « Ma paille ? Qu’est ce qu’elle a ma paille ?  Elle  vaut bien celle de mon  riche voisin ».

     J’avais déclenché « la lutte  des pailles ».

      « Paix sur terre aux  paysans de bonne volonté »

    « Paille à volonté    sur   la crèche  du pays ..   

     

    :  « Glo,ooooo,ooooo,ooooo,ria, in excelsis déo