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La face claire de la nuit

  • action

    Action

     

     

    Faire, se construire, contempler  : Voila en raccourci  une démarche humaine  proposée  par Maurice Blondel (1) .Je l'ai vue à l'oeuvre dans   un beau documentaire de Marine Place : « les choix de Valentin ».

    - Agir. Nous sommes à Calais, après la fermeture du camp de Sangatte, des centaines de réfugiés afghans ,érythréens, kurdes errent dans ce qu’ils appellent la Jungle .Terrains vagues ou poussent    des épines noires  et des argousiers  .Valentin 18 ans, bouleversé par le sort fait à des jeunes réfugiés qui pour beaucoup ont son âge , se met à l’action avec les" humanitaires" pour leur venir en aide.

    -Se faire , se construire. En faisant cette action, Valentin se construit. Cette activité le fait entrer dans la « lumière d’une action volontaire »(1). Toute sa vie en est transformée. Il trouve parallèlement le courage et la volonté de travailler au lycée, de passer son bac, d’assumer les taches familiales tout en accompagnant sa mère dans sa maladie jusqu’à son triste départ .

    -Contempler : Le miracle de l’image et le débat qui a suivi les diverses projections du documentaire, nous a introduit en spectateur dans la réflexion de Valentin, sa recherche des causes ,ses questions sur l’incompréhension face à l’acharnement du pouvoir, son désir de faire bouger les choses dans les politiques migratoires au niveau national et international.

    Dans la maturité d’un homme qui se construit sous nos yeux, je reconnais ce que Maurice Blondel appelait d’un seul mot : l’action…. « L’action qui fait croitre la lumière dans le monde »(1)

    Le documentaire de Marine Place a suscité  peut être des vocations chez d’autres jeunes mais aussi valorisé l’action des anciens auprès des migrants. Cette réflexion sur la richesse de l’action   les encourage à  ne pas mollir alors que l’hiver  est là..

    « Ce n’est pas en effet en ménageant nos forces que nous les entretenons le mieux », dit Blondel. »A mesure que l’activité volontaire pénètre les puissances du corps, elle en reçoit davantage. Fausse tactique donc que de céder à la mollesse, de s’écouter, de se dorloter. C’est en usant de notre énergie que nous la réparons et l’amplifions. . La meilleure hygiène est  l’action qui rénove un principe de rajeunissement, de santé, de vigueur. »(1)

    « Les bénévoles »  ont beaucoup de chance, l’action leur donne un bain de jouvence, la lumière d’une action volontaire et même la santé, nous dit Maurice Blondel.

    Reste comme une cerise sur le gâteau, la joie promise à ceux qui vivent les béatitudes. (2) Un bénévole triste serait un triste bénévole ? Oui, s’il agit pour se faire voir (3) ou se donner bonne conscience(4) Mais je n’ai pas rencontré beaucoup de bénévoles tristes sinon de cette tristesse là qui vient de ce qu’on ne réussit pas à soulager toutes les souffrances ..Reste aussi la contemplation : L'admiration devant ceux qui ne baissent pas les bras mais aussi devant ces jeunes hommes réfugiés,  leur capacité à sourire dans l’adversité,  leur dynamisme et leur audace dans leur action de migrer.

    Confrontés à une épidémie , voir une pandémie, l'action aujourd'hui est nécessaire bien entendu mais éprouvante car essentiellement défensive.. Je relis le beau livre de Giono ; « un hussard sur le toit ».Angélo  puise dans l'épidémie de choléra une force de vivre à la Spinoza.;à la Blondel . Contre le laisser allé ,la vertu est d'abord une énergie ,une volonté d'agir qui est le secret du vrai bonheur lié à la puissance du faire qui invente la vraie vie. Trente ans après, Valentin est devenu un homme sans doute. Je ne l'ai pas revu mais pensé à lui Samedi dernier à Calais quand dans une forte tempête nous avons marché longtemps pour la défense des émigrés. .J'ai vibré 4 heures durant avec les deux cent jeunes qui bravaient le vent et la pluie pour affirmer leur volonté de vivre  et  de faire vivre .

     

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    (1) Action de Maurice Blondel édité en 1893 : Ci-dessous quelques citations pour éclairer la qualité de son regard sur la personne humaine :

    La personne est un être inachevé tendu vers un devoir être ….Elle est faite pour se dépasser…. Un élan infini l’emporte toujours en quête de perfection…… La personne ne surgit de l’individu qu’en s’assignant une fin extra-personnelle…… l’homme ne se suffit pas à lui même, il faut qu’il agisse pour les autres et par les autres…c’est la voie d’un humanisme plénier.

    (2) « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » actes ch. 20 /35

    (3) « Quand tu fais le bien, que ta main gauche ignore ce que fais ta main droite » Matthieu ch.6/3

    (4) « Ce n’est pas ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur qui, entreront dans le royaume mais ceux qui font la volonté de mon père »Matthieu ch.7/21