13/09/2014

environnement

DSCF0367.JPGSurvivre

« Nous n’avons pas besoin de raison pour vivre, mais nous avons besoin de raison pour donner la vie » (1).Certains nihilistes  comme Bénatar  préconisent  « l’extinction volontaire  de la vie humaine  pour l’intérêt de ceux qui pourraient naitre ». Une espèce de boycott des naissances. Shakespeare va plus loin dans Hamlet en reprochant aux hommes leur  lâcheté car s’ils ne se suicident pas , c’est par peur de ce qui leur adviendra après la mort ( Acte 3 scène 1). 

« Cette contrée  inexplorée  d’où ne revient nul voyageur,

Rend le vouloir perplexe et fait qu’on se résigne aux maux présents

 Plutôt que de voler vers  des maux ignorés

Notre pensée ainsi fait de nous tous des lâches »

Trêve d’humour morbide, Il reste vrai que  si nous ne sommes pas libres de venir au monde, nous sommes tout à fait libres d’y appeler ou non autrui. Les français  en Europe ont de ce point de vue  une vision optimiste  de la vie et accueillent   des enfants  plus que les autres peuples  de l’union.

 Alors comment se fait il  que le rapport  alarmant du GIEC(2)  dont les premières lignes  ont  filtrées, laisse indifférente l’opinion française ? Il y va pourtant de  la survie de la planète, de la vie même de leurs enfants, de leurs petits enfants et de leurs descendants.

Jean Pierre Dupuy  dans sa chronique du monde  du 15 Avril 2014 commente : « L’avenir de mes enfants et de mes petits enfants  me concerne au plus haut point..Mais cinq ou dix  générations après !! ? Ces générations futures  sont des êtres anonymes  et à l’existence purement virtuelle au bien être  desquels   on ne nous fera jamais croire  que nous avons  une quelconque raison de nous intéresser ».

 Faudra t il  que les premiers effets du réchauffement  nous atteignent directement ? Que la mer   atteigne  l’intérieur  des terres  comme en Bretagne cet hiver ? Que les tempêtes déracinent les arbres  de nos jardins ? Que la pollution embrume  les quais de Seine  comme  brouillard   sur  Tamise ? Que de longues périodes de pluie ou de sécheresse  perturbent  les cultures et les récoltes ? Que des populations entières chassées par la montée des océans  demandent asile chez nous ? Faudra t il être touché directement  pour prendre au sérieux les prévisions de plus en plus inquiétantes du GIEC ?

Le GIEC  préconise des mesures immédiates, après il sera trop tard, on ne pourra plus arrêter le réchauffement  et ses conséquences dramatiques  pour des millions de gens. « Chaque fois les nouvelles évaluations sont pires que le pire  des scénarios précédents .Et pourtant nous ne faisons rien. »

Faut il se résigner  à voir disparaitre  l’humanité ?  La terre  tournera  sans nous ; n’a t elle pas  continué de tourner avec une suprême indifférence  quand ont disparu les dinosaures.

Mais Jean Pierre Dupuy  relance la réflexion  et  cite Dante  au chant X de l’enfer : « Tu comprends  ainsi que notre connaissance sera toute morte  à partir de l’instant  ou sera fermée la porte du futur »  .«  Si nous devions être la cause  ce de que la porte de l’avenir  se referme, c’est le sens même de  toute l’aventure humaine  qui serait à jamais et rétrospectivement détruit. En conclusion : « Nous avons besoin de l’avenir, car c’est lui qui donne sens à tout ce que nous faisons ».

Il n’est pas vrai que nous ne faisons rien. Je connais une société  qui  s’est emparé du problème et  a inscrit dans sa charte éthique la préservation des ressources naturelles, le développement des énergies renouvelables, la maitrise des déchets  etc..

Des communes se préoccupent  du tri des déchets,  des particuliers  roulent en vélo, soignent leur poubelle bleue, enfouissent leurs épluchures, ne font pas couler inutilement leur robinet d’eau, calorifugent leurs maisons  pour économiser le chauffage.

Tout cela n’est pas suffisant, il est vrai, mais ce n’est pas rien.  

Gael Giraud cité par Mgr Ulrich  appelle à sortir de la crise financière en se lançant dans  la transition écologique. « L’Europe, a les ressources humaines  et financières pour engager  cette transformation avant qu’il ne soit trop tard .Il faut une volonté politique  et une adhésion morale des sociétés, il y faut des choix assumés par des personnes » Mais beaucoup de ces personnes  sont engluées  par des   « rémunérations  excessives sans rapport avec leur niveau de responsabilité (ce sont des trop payés !) »(3), l’argent les chloroforme,  ils en oublient  que leur responsabilité éthique est  engagée, cela pollue  les relations humaines .Jean Paul II appelait cela  « les structures du péché  qui conditionnent  la conduite des hommes » .(4)

« Ils comptent leur richesse  par les moyens qu’ils ont de satisfaire leur désir » écrivait l’ Abbé Prévost dans  Manon l’Escaut . Alors que la  richesse  leur donne une responsabilité particulière pour l’avenir de la planète. Cette richesse, c’est celle  des pays  nantis qui polluent allégrement autant que  celle  des particuliers. Comme le suggère Steinbech (5) il faudrait pendre  tous ces gens par les pieds  au dessus des latrines .Ainsi  tomberaient  de leurs poches  et dans la fosse  d’aisance  les pièces d’or  qu’ils ont amassées .Une pauvreté relative  serait  alors pour les riches le chemin de la vertu.

 

 

(1) Les ancres dans le ciel  Rémi Brague  le seuil

(2)Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat. Réuni en Avril 2014 à Yokohama.

(3)L’espérance ne déçoit pas  Laurent Ulrich chez Bayard.

(4)Sollicitudo  rei  socialis 87.

(5) A l’Est d’Eden.

04:22 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1)