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  • forc de l'espérance

     

    force de l’espérance

    Il m’en souvient j’ai reçu jadis un courrier d’un ami prêtre quelques jours avant sa mort. J’ai égaré la lettre lors d’un déménagement, j’en ai gardé l’esprit. Je vous la transcris de mémoire vive.

    Cher François,

    Au cœur de mes fragilités, je veux te dire la force de mon espérance dans le Christ.(1) Le médecin qui est mon ami m’a fait confiance, assez confiance pour être clair. Il n’a pas tourné autour du pot : Je n’ai plus que quelques semaines à vivre.

    J’ai mis de l’ordre dans mes affaires, et maintenant j’écris .J’ai dépensé les dernières  pièces  de mon porte monnaie à acheter des timbres qui collent sans la salive que je n’ai plus.

    Je demande pardon aux gens que j’aurai pu blesser.

    Je remercie ceux qui m’ont aidé dans mon travail et, comme ici, à toi, je dis quelle est mon espérance alors que tout espoir de guérison est devenu vain.

    1. Je sais qu’à ma mort, Jésus viendra à ma rencontre et je me prépare .Il me faut déblayer la route encombrée de bien des trucs inutiles .Le bric à braque des objets dont je m’étais entourés a été facile à liquider. Je suis dépouillé comme Jésus en croix, à l’image de ma chambre d’hôpital aux murs blancs. Reste, sur la tablette au dessus du pot de chambre, mon bréviaire, la bible, du papier à lettre, des enveloppes et quelques timbres encore. Je ne réussis plus à lire le journal Tu le vois, la route  est bien déblayée, elle est désencombrée, je suis nu. Le Seigneur quand il viendra me trouvera prêt à le recevoir. J’ai confiance dans son accueil. J’ai consacré ma vie à le faire aimer, je n’ai pas toujours réussi, j’ai déconné parfois mais je n’ai pas peur de me faire engueuler ? Il est un mot de Jésus que je me répète souvent c’est quand il disait  à ses disciples : «  je ne vous appelle plus mes serviteurs mais mes amis ». Un ami on l’accueille avec bonheur même quand il te fait l’honneur de te dire ton fait. J’attends Jésus mon ami, il ne saurait tarder, d’ailleurs je crois qu’il est déjà là prés de moi .Il me serre le bras quand la douleur se fait trop forte, il met sa main sur mon front quand la fièvre le brule. Je lui dis mon amitié, et chaque matin, en ouvrant les yeux, heureux d’être encore en vie, je lui offre la journée comme si, à elle seule, elle résumait toute ma vie depuis ma naissance. Quelques jours précieux encore, quelques jours du levant au couchant que je reçois comme un don de la vie, une grâce. Je participe, quand  la douleur me lâche un peu ,je participe chaque matin joyeusement au miracle de l'Être.(2)A Jésus J'offre cette journée et je  lui demande la force de faire un bout de chemin à sa rencontre. Question de politesse.

    Pour cette marche symbolique et quotidienne, je prends mon sac à dos. Mon vieux sac d’un rouge bien délavé que tu connais bien et avec lequel j’ai fait tant de ballades et de courses en montagne. Ce vieux sac est la seule tache de couleur dans l’univers aseptisé et blanc de ma chambre d’hôpital. Après en avoir retiré pyjama et brosse à dent, je l'ai glissé  au dessus de l’armoire. Je mets dedans virtuellement tout ce que j’ai reçu de la vie, toutes les joies partagées avec les jeunes dont j’avais la charge. Il est lourd des confidences des gens, jeunes et moins jeunes , de leurs espoirs et de leurs rêves ,il pèse aussi du poids des misères et des souffrances vécues dans les quartiers difficiles  où j’ai toujours habité.

    Tu vois, je suis bien occupé chaque jour à remplir et boucler mon sac jusqu’au jour ou j’arriverais au bout du chemin. Je le déchargerai alors au pied de Jésus et lui dirai comme les deux  jeunes jadis sur le chemin d’Emmaüs « reste avec moi Seigneur, il se fait tard. » Il me déchargera de mon sac, nous rentrerons ensemble dans l’auberge. Alors, « Mes yeux s’ouvriront » et  Je le reconnaitrais quand il rompra le pain. »

    Bien amicalement  Gilles.