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rencontre - Page 3

  • la force de l'espérance

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    Il  m’en souvient  j’ai reçu   jadis un courrier   d’un ami  prêtre  quelques jours avant sa mort. J’ai  égaré   la lettre lors d’un déménagement, j’en ai gardé l’esprit. Je vous la  transcris de   mémoire  vive.

    Cher François,

    Au cœur de mes fragilités, je veux te dire la force de mon espérance dans le Christ.(1) Le médecin qui est mon ami  m’a fait confiance, assez confiance  pour être clair. Il n’a pas tourné autour du pot : Je n’ai plus  que quelques  semaines à vivre.

    J’ai mis de l’ordre dans mes affaires, et  maintenant j’écris .J’ai dépensé  les dernieres  piéces  de mon porte monnaie à acheter des timbres qui collent sans  la salive que je n’ai plus.

    Je demande pardon  aux gens que j’aurai pu blesser.

    Je remercie ceux qui m’ont aidé  dans mon travail et, comme ici, à toi, je  dis quelle est  mon espérance  alors que tout espoir de guérison  est  devenu vain.

    Je sais  qu’à  ma mort, Jésus viendra à ma rencontre et je me prépare .Il me faut déblayer  la  route  encombrée  de bien des  trucs inutiles .Le bric à braque des objets dont je m’étais entourés a été facile à liquider. Je suis dépouillé comme Jésus en croix, à l’image de ma chambre  d’hôpital aux murs nus et blancs. Reste, sur la tablette au dessus du pot de chambre, mon bréviaire,  la bible , du papier à  lettre, des enveloppes et quelques timbres encore. Je ne réussis plus à lire le journal Tu le vois,la route  est bien déblayée, elle est   désencombrée, je suis nu. Le Seigneur  quand il viendra   me trouvera  prêt  à le recevoir. J’ai confiance dans son  accueil. J’ai  consacré ma vie à le faire aimer, je n’ai pas toujours réussi, j’ai déconné parfois  mais  je n’ai pas peur  de me faire engueuler ? Il est un mot  de Jésus que je me répète  souvent  c’est quand il disait  à ses disciples : «  je ne vous appelle plus mes serviteurs mais mes amis ». Un ami  on l’accueille avec bonheur  même quand il  te fait l’honneur  de te dire ton fait. J’attends Jésus mon ami, il ne saurait tarder, d’ailleurs je crois qu’il est déjà là prés de moi .Il  me serre le bras quand la douleur se fait trop forte, il met sa main  sur mon front quand la fièvre  le brule. Je lui dis mon amitié, et chaque matin, en ouvrant les yeux, heureux d’être  encore en vie, je lui offre  la journée   comme si, à elle seule, elle résumait toute ma vie depuis ma naissance . Quelques jours  précieux encore , quelques jours du levant au couchant  que je reçois comme  un don de la vie ,une  grâce. Je participe  ,quand  la douleur me lache un peu ,je participe chaque matin joyeusement au miracle de l'Être.(2)A Jésus J'offre cette journée et je  lui demande la force   de faire  un bout de chemin à sa rencontre. Question de politesse .

    Pour  cette marche symbolique et quotidienne, je prends mon sac à dos. Mon vieux sac d’un rouge bien délavé  que tu connais bien et avec lequel j’ai fait tant de ballades   et de courses  en montagne. Ce vieux sac  est la seule tache de couleur  dans l’univers  aseptisé  et blanc de  ma chambre d’hôpital. Après en avoir retiré  pyjama et brosse à dent, je l'ai glissé  au dessus de  l’armoire. Je mets  dedans  virtuellement  tout ce que j’ai reçu de la vie,  toutes les joies partagées avec les jeunes dont j’avais la charge. Il  est  lourd  des confidences  des gens,jeunes et moins jeunes ,  de  leurs espoirs  et de leurs rêves ,il pèse aussi du poids   des misères et des souffrances  vécues dans les  quartiers difficiles   où j’ai  toujours habité.

    Tu vois, je suis bien occupé  chaque  jour  à remplir et boucler mon sac jusqu’au jour  ou  j’arriverais au bout du chemin. Je  le  déchargerai  alors  au pied de Jésus et lui dirai comme  les deux  jeunes jadis  sur le chemin d’Emmaüs « reste avec moi  Seigneur, il se fait tard. »  Il me déchargera   de mon sac , nous rentrerons  ensemble dans l’auberge. Alors , « Mes yeux s’ouvriront » et  Je le reconnaitrais  quand il rompra  le pain. »

                                                                                                       Bien amicalement  Gilles.

    No comment !

      (1) "la foi que j'aime le mieux,  dit Dieu,c'est l'espérance" . le porche du mystére de la deuxiéme vertu. Péguy

    (2) Vaclav Havel .discours à l'académie des sciences