Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

tibhirine

  • Creuser notre puits

    tibhirine,dieu,eau vive,la samaritaine   Christian de Chergé (1937-1996) fut moine et prieur du monastère de Tibhirine, dans l’Atlas algérien. Assassiné avec 6 de ses frères en 1996, il a manifesté dans sa mort même combien sa vie était « donnée à Dieu et à l’Algérie ». Sa spiritualité était nourrie de la rencontre avec ses voisins et amis musulmans.

     

    >  

    Creuser notre puits

    >  

    > Depuis qu’un jour, il m’a demandé, tout à fait à l’improviste, de lui apprendre à prier, Mohammed (un habitant du village) a pris l’habitude de venir s’entretenir régulièrement avec moi. C’est un voisin. Nous avons ainsi une longue histoire de partage.
    Souvent il m’ a fallu faire court avec lui, ou passer des week-ends sans le rencontrer quand les hôtes se faisaient trop nombreux et absorbants.
    Un jour, il trouva la formule pour me rappeler à l’ordre et solliciter un rendez-vous :
    « Il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits ! » L’image est restée. Nous l’employons quand nous éprouvons le besoin d’échanger en profondeur.
    Une fois, par mode de plaisanterie, je lui posai la question : « Et au fond de notre puits, qu’est-ce que nous allons trouver ? de l’eau musulmane ou de l’eau chrétienne ? » Il m’a regardé mi-rieur, mi-chagriné : « Tout de même, il y a si longtemps que nous marchons ensemble et tu me poses encore cette question ! … Tu sais, au fond de ce puits-là, ce qu’on trouve, c’est 
    l’eau de Dieu. »        L’eau de Dieu, serait ce l’eau vive  dont  parle Jésus a la samaritaine au puits de Jacob ? une eau qui assèche toute soif et donne la vie ? « Quiconque, lui dit Jésus, boit de l’eau de ce puits  aura encore soif. Mais celui qui boira l’eau que je lui donnerai  n’aura plus jamais soif…Elle deviendra  en lui une source jaillissant en vie éternelle. »

    Cet été en descendant  de la montagne, on s’est arrêté  à la source  au dessus du gros mélèze. Une vache avait  renversé le tronc  creusé  d’un  mélèze(maigre, trop maigre  celui là!) qui alimentait le bachal. L’ eau de la source n’était plus captée. Elle s’épandait dans le chemin  parmi les bouses. Ma gourde était vide et ma gorge sèche. On a  mutualisé  et partagé  l’eau qui  restait dans les gourdes des prévoyants et non seulement  plus personne n’a eu  soif, mais   la source  des solidarités   a jaillie  en vie fraternelle. Cruche ou gourde, voila «  l’eau de Dieu » , source intarissable  jaillissant  du puits sans fond des cœurs  purs et généreux , le cœur des amoureux de la montagne du premier au dernier de cordée, de la première à la dernière goutte.