15/12/2012

singin' in the rain

Singin’ in the  rain

rom,chant,la manche,le vélo,la voiture climatisée

Elle ne danse pas comme Fred Aster sous la pluie  mais elle chante et je  l’entends  plusieurs fois par semaine même quand le vent  vient du Nord.  Une « voyette » derrière chez moi  me mène en vélo jusqu’au carrefour où elle fait la manche. Quand le feu est rouge pour moi, je tends l’oreille. J’imagine qu’elle psalmodie ses demandes  en passant d’une voiture à l’autre. « Mesdames, messieurs une petite pièce pour mon bébé. Il a froid, il a faim ».

Le feu passe au vert, elle laisse partir  les quelques uns  qui ont donné et les autres ,flot d’  indifférence et nuage de particules.

Où donc  puise t elle la force de chanter  quand le vent du Nord fait frissonner sa longue robe gitane ?

Les voitures  s’arrêtent au rouge, Ils sont  bien obligés ; mais comment, bien assis dans la voiture, peut- on entendre chanter la roumaine?  L’air conditionné  protège du froid, une musique douce  endort  la mauvaise conscience du chauffeur et puis, il faut le dire, chercher une pièce dans  le porte monnaie au fond de la poche en se tortillant pour décoincer la ceinture de sécurité ,c’est très  compliqué. Le feu tricolore n’attend pas qu’on ait  enfin réussi à extraire le porte monnaie et la pièce qui convient. Malgré cela, Les cousins de Montpellier disent aux rom d’ici que les gens du Nord sont plus généreux que les catalans.  Peut- on  comparer ?Existe t il un "philomêtre"? A Dunkerque, le « chiffre d’affaire moyen »  d’une manche bien faite  est de  3 euros  pour 5 heures  de travail. Fait-on mieux à Montpellier ? J’ai bien dit, travail : virevolter autour des voitures à chaque feu rouge dans les fumées d’échappement en sollicitant les automobilistes, bras tendu avec sébile, c’est fatiguant  voir épuisant. Combien d’heures de travail faut-il pour renouveler la bouteille de gaz ?   De plus, que  l’on chante ou que l’on exhibe une pancarte, il faut digérer les refus, les quolibets voir les insultes ou les gestes obscènes.  Le matin, quand les gosses sont partis à l’école, les parents  disent en allant   vers le carrefour choisi : «  en s’en va travailler » ! Même réponse des enfants quand on leur demande où sont partis papa et maman : « Ils sont partis travailler ».

 En vélo on entend  chanter dans le vent. C’est sans doute  la « complainte des miséreux » mais le chant de la roumaine n’est pas triste, il  respire la liberté de ceux qui n’ont rien et cette mélodie râpeuse, sauvage et douce  vient du fond des âges, du temps   sans doute où les ancêtres étaient soumis à l’esclavage. Quand je l’entends, je pense à un autre esclavage, celui des noirs dans les plantations d’Amérique. Eux aussi  chantaient pour se donner du courage, et la mélodie de leurs chants  nous rejoint encore  deux siècles après.   J’aimerais  en savoir plus sur la force qui anime cette femme, mais le feu rouge arrête les autos et libère  pour moi le vert .Je la laisse à son travail. A moi  de pédaler !


 

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